29 entries categorized "Zen"

07 mars 2008

Le Tao de Fabienne Verdier

Verdier Bonheur de découvrir le livre de Fabienne Verdier, « Entre ciel et terre », où se cotoient les reproductions de ses œuvres récentes, des photographies prises dans son atelier, des textes et un entretien où elle parle de son art singulier.

J'avais été frappé, comme beaucoup de lecteurs, par son premier livre, Passagère du silence, qui a fait connaître l'exigence artistique impérieuse de cette femme à la volonté de fer. Elle y racontait son apprentissage de la calligraphie en Chine, dans des circonstances d'une grande dureté. Partie à 22 ans pour le Sichuan, elle se retrouve isolée, dans un univers hostile, marqué par l'empreinte de la Révolution culturelle qui a poussé les artistes traditionnels à se terrer. Le récit de la manière dont elle parvient, à force de détermination et d'humilité, à convaincre un maître, qui vit dans la clandestinité, à lui enseigner son art, prend au cœur. Elle est femme, elle est étrangère, il refuse d'emblée. Mais un jour, il lui ouvre sa porte : « Je veux bien aller plus loin avec toi, mais je te préviens, cela durera dix ans. Donc c'est soit dix ans, soit rien. »

Elle s'y pliera, découvrira, bien au-delà de la technique, une discipline méditative et spirituelle. Aujourd'hui installée en Suisse, elle suit son propre chemin, jusqu'à inventer une œuvre d'une rare puissance : sérénité et haute tension. De la calligraphie elle a gardé le jaillissement, la spontanéité, qui ne survient que du plus profond de l'être inspiré par la nature. Ainsi fait-elle surgir un univers dans une touche de pinceau.

« Ce que je peins coule de moi comme un reflet de la réalité », dit-elle. L'art de Fabienne Verdier, c'est le génie du trait, selon le mot de Charles Juliet. Le trait d'encre ou de peinture, ici : métaphore de la condition humaine, du lien entre la terre et le ciel (l'homme du Tao), sensualité de la matière, fil de nos vies et du destin. Les oeuvres de Fabienne Verdier, hélas inaccessibles au commun des mortels, reflètent cette essence, l'heureuse alliance de l'extrême discipline et d'une absolue liberté. « Comment dire cet inexprimable que la peinture me fait vivre ? »

Fabienneverdier



01 février 2008

Sagesse thibétaine…

Quand nous arrivons à considérer le travail
comme une source de croissance et de créativité,
nous trouvons une énergie fluide qui nous porte
jusqu'au but choisi, quel qu'il soit.

Tarthang Tulkou, L'art intérieur du travail

22 décembre 2007

Le retour de la lumière...

Parce que l'inclinaison de la terre par rapport au soleil atteint un point maximum, le solstice d'hiver se manifeste par la nuit la plus longue.

Ce moment particulier du cycle annuel, beaucoup de civilisation en ont fait un jour à part, férié, fêté. Parce qu'il porte, en germe, le retour de la lumière.

Dans le Yi Jing, le grand livre chinois du changement, l'hexagramme 24, , le Retour (ou : le tournant), est associé au solstice d'hiver. Il signifie que le temps de l'obscurité est passé. Cela peut paraître paradoxal, alors qu'elle est à son maximum, mais c'est là toute l'approche taoïste. L'excès porte en lui sa propre défaite. Alors même que l'obscurité semble avoir gagné, c'est la victoire de la lumière qui est annoncée. Voici quelques lignes du Jugement concernant cette figure :

"Après le temps du déclin vient le tournant. La puissante lumière qui avait été chassée refait son entrée. Un mouvement se produit (…) un mouvement naturel, qui naît spontanément. C'est pourquoi la transformation des choses anciennes est parfaitement aisée. (…) C'est pourquoi il ne faut rien précipiter artificiellement. Tout vient spontanément lorsque c'en est le temps. Telle est la voie (le tao) du ciel et de la terre." (Traduction de Richard Wilhelm)

Le Yi Jing est un passionnant et poétique traité de la conduite du changement, porteur de toute la philosophie taoïste. Le commentaire de la figure 24 s'attache à décrire la façon dont nous devons appréhender ce changement précoce (puisqu'au solstice, nous sommes à l'origine, à l'amorce du nouveau cycle).

"En hiver, la puissance vitale – symbolisée par l'éveilleur, le tonnerre – est encore sous terre. Le mouvement est à ses tout premiers débuts. C'est pourquoi on doit le fortifier par le repos, afin de ne pas le gaspiller en en faisant un usage prématuré. (…) La santé qui revient après une maladie, la compréhension qui renaît après un différend, tout doit être traité, à ses débuts, avec délicatesse et ménagement pour que le retour conduise à la prospérité."

Sur ces lignes empreintes de toute la sagesse de l'Orient, je vous souhaite une belle fin d'année.

21 septembre 2007

Lâcher prise… ou laisser faire ?

Le "lâcher prise" est devenu la bouteille à l'encre des suggestions quotidiennes. "Tu as un problème? Lâche prise, et tout ira mieux." J'entends cela dix fois par jour. Ma foi, ça a l'air simple, et ça ne l'est pourtant pas. Parlant ainsi, souvent, on fait de la thérapie sauvage, comme on fait parfois de la psychanalyse sauvage.

Ce thème du lâcher prise vient incontestablement des pratiques orientales de méditation - en particulier de ce que l'on appelle le non-attachement, qui est au cœur des pratiques bouddhistes, et qui trouve une origine dans le yoga.

Cependant, le lâcher prise confronte toujours à une contradiction dans les termes. C'est une injonction paradoxale.

Car lâcher prise, ce n'est pas "lâcher l'affaire" (pour employer le langage d'aujourd'hui)! Lâcher prise, ce n'est pas tout arrêter. Ce n'est pas renoncer, se retirer du jeu ou de l'action. C'est peut être bien le contraire : continuer. Ne pas se bloquer, se figer dans une position. Ne pas s'arrêter sur une croyance, une fausse alternative, un supposé choix sur lequel on ne parvient pas à trancher. Laisser l'énergie circuler. Rester dans le mouvement.

Peut-être que lâcher prise, c'est "laisser faire". Laisser faire la circonstance, la "situation", le moment. Se fondre dans la vague pour profiter de son énergie - c'est une métaphore que j'ai employée dans la Zen Attitude pour essayer d'identifier cette chose fugace, sensible, ce petit décalage qui suffit parfois à mettre en harmonie notre désir profond, inconscient, avec ce que nous sommes dans l'instant.

Les taoïstes évoqueront do, la Voie. Et un tenant de la psychologie positive comme Mihaly Csikszentmihalyi, l'expérience optimale (ou flow). Quels que soient les mots, il s'agit de ne pas se tromper. Le lâcher prise n'exclut pas la volonté. Il invite à la souplesse de l'esprit.

17 avril 2007

Conscience du corps, conscience de soi

Arbre1 L'une des dérives majeures de certaines écoles psychanalytiques aura été de prétendre réduire le sujet à un pur "appareil psychique". La psychosomatique a amplement démontré combien psyche et soma n'étaient que les faces d'une même médaille. Le corps pense tout entier.

Les pensées asiatiques, que j'ai explorées dans la Zen Attitude, rappellent sans cesse l'importance du corps - laissant de côté distinction et contradictions entre le corps et le mental. L'esprit (le Sujet) est un tout. Le détachement, ou non-attachement, qui vise à la plus grande qualité de présence dans l'ici et maintenant, relève autant du corps que de l'esprit. La méditation vise à l'unité, au centrage - à l'éveil.

Comment une telle approche peut-elle faire lien avec la posture du coach?

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05 avril 2007

Management de soi

Quelques lignes extraites de la Zen Attitude:

Quote Dans l’exploration de notre être-au-présent, et des moyens que nous avons d’accroître notre densité en tant que personne, les traditions bouddhistes, le taoïsme et la foisonnante matrice du yoga, disposent en quelque sorte d’une haute technologie qui peut nous inspirer. La maîtrise de l’immobilité et l’apaisement du mental enseignés par le zen, comme l’éloge de la patience et de la prudence dans les rapports sociaux qui traverse le taoïsme pourront servir d’antidote à notre « bougisme ». Comme le goût d’une tisane âcre et forte après un excès de sucreries. Passées au tamis du temps long, ces pensées ramènent à sa dimension anecdotique le buzz de nos sociétés compulsives. Purge salutaire ! Dans leurs styles, Tchouang-Tseu, Lao-Tseu, Dogen, Deshimaru, parmi beaucoup d’autres, lancent des mots d’ordre subtilement subversifs: éloge du vide quand nous rêvons de l’abondance de stocks débordants ; éloge de l’intuition et de la non-pensée quand nous sacralisons la Raison dominante ; éloge de la compassion quand toute la machine sociale fait en sorte, inlassablement, d’évaluer, de catégoriser, d’étiqueter, et finalement d’exclure.

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01 avril 2007

Zénitude Tour

Matindeprintemps Grand plaisir de donner hier une conférence à Nancy, à l'invitation de la lumineuse Fabienne Remonville, qui tient la librairie La Queste, non loin de la fameuse place Stanislas. Il y a quelque chose de simple et de naturel à parler d'un livre dont l'écriture m'a pris environ deux années. Ce lent travail de distillation... Le souffle, la posture, l'approche chinoise de l'efficacité et de la stratégie, vivre l'instant présent... Toutes ces notions et bien d'autres, cette haute technologie du "management de soi" qui nous vient de l'Asie, que j'aborde dans la Zen Attitude, sont d'une utilité évidente dans le monde d'aujourd'hui.

Au point que, dans le train du retour, je me disais que je devrais proposer un "Zen Attitude Workshop", destiné aux coachs, aux consultants, et à tous ceux qui seraient intéressés à mettre un peu de "force tranquille" dans leur approche du travail et de la vie. Il ne reste plus qu'à réfléchir à un programme. A suivre, donc.

08 mars 2007

Ce qu'un consultant ne dira jamais

L'esprit passé, il est impossible de le retenir, l'esprit présent, impossible de le garder, l'esprit futur, impossible de le saisir.
(Parole Zen)

16 février 2007

Ne pas penser

Calligraphie_vide_zen L'absence de pensée est un luxe que je vous souhaite. Rare. Au fond, c'est cela le satori. Un avant-goût de l'éveil. Une parcelle de clairvoyance. Mais que verra-t-on s'il n'y a rien?

L'absence de pensée est fugitif. Une étincelle de vide souvent. Ce sont ces étincelles qui nous permettent d'oublier l'inutile, le périmé, de changer d'attitude, de nous adapter à la circonstance -- de ne pas se répéter, ratiociner, mais de penser pour de bon.

Etre juste là, dans l'instant du corps, dans l'action, et la pensée s'interrompra. Vide. Mais le vide n'est pas rien. C'est l'espace de l'éclosion. Surgit alors l'intuition, l'idée qui est décision.

25 novembre 2006

Se tenir droit

Yoga Le texte qui suit est extrait de la Zen Attitude. J'y reprends une citation de Philippe de Méric, qui fût l'un de ceux qui firent connaître le yoga en France après la guerre. A ceux qu'intéresse une approche simple de la méditation et de la maîtrise respiratoire, je recommande son livre, "le Yoga sans posture", réédité aux éditions Grancher.

Dans le Zen, on doit faire avec cette injonction : tiens-toi droit ! Il est question, au sens propre, du corps, mais rien n’empêche d’y entendre un message éthique. L’un et l’autre sont liés. La capacité à se tenir droit avec souplesse, à établir à tout moment le corps dans une attitude juste apparaît comme un préalable à une action utile et forte. Se tenir droit : est-ce tellement simple ? Que ne l’apprend-on dans les écoles.

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A propos de l'auteur

Marc Traverson est coach et consultant associé acteüs. Egalement psychothérapeute, il accompagne ses clients dans l'atteinte de leurs objectifs de vie.

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