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03 février 2009

Trouver son mentor

Mentor_coaching J'étais hier invité sur Europe 1, par la charmante Faustine Bollaert, pour participer à son émission, dont le thème était : "Comment se libérer de son mentor* ?"

J'ai une vision très positive du rôle du mentor, et je ne vois guère de raison de s'en libérer. Ce sont nos maîtres qui nous font progresser, et ils ne nous retiennent pas prisonnier ! A l'origine, Mentor est l'homme de confiance d'Ulysse, le roi d'Ithaque. Lorsqu'il part pour la guerre de Troie, sans se douter que son voyage durera vingt ans, Ulysse confie à Mentor son fils Télémaque, pour lui servir de précepteur, de conseiller, de guide dans la vie. "Transmets-lui tout ce que tu sais", est son ordre de mission.

Le mentor, c'est celui qui ouvre les portes. Un aîné, quelqu'un qui bénéficie d'une expérience plus avancé, et qui en fait profiter celui ou celle qu'il a choisi d'aider. En retour, il est valorisé par ce rôle, il trouve son utilité à transmettre tout ce qu'il a appris, et profite de l'énergie de son protégé.

C'est une chance, je crois, d'avoir un mentor. Dans le milieu professionnel, cela peut permettre de gagner du temps, parce que l'on est prévenu des erreurs à éviter, que l'on peut aller plus vite à l'essentiel, être présenté aux bonnes personnes. Combien d'entre nous doivent se débrouiller seul(e)s, sans alliés.

Dans certains univers, on ne peut se passer d'un mentor. C'est le cas en politique, bien sûr. Mais souvent aussi dans les domaines artistiques, dans les sciences, à l'Université. Le mentor peut être un inspirateur, quelqu'un que l'on admire, ou dont on admire l'oeuvre. Il peut incarner une certaine forme d'idéal, qui donne un cap dans le développement, une projection positive et valorisée. Dans certaines traditions, on parle simplement d'un maître, dans le sens noble du mot. C'est une relation d'apprentissage.

Alors, pourquoi faudrait-il s'en libérer ? D'abord, si le mentor n'en est pas un : s'il ne vise que le pouvoir, sans transmettre, sans respect de l'autonomie de son protégé. Ou pire : s'il utilise son ascendant pour son seul bénéfice. Il s'agit alors de prendre ses distances avec une relation déséquilibrée, éventuellement toxique.

Mais quoiqu'il en soit, une relation tissée de connivence intellectuelle, mais aussi d'une certaine dissymétrie, suppose des ajustements. Une loyauté excessive pourrait inhiber le "poulain", le freiner à suivre sa voie, et l'amener à rester étroitement dans l'ombre de son mentor. A un moment ou un autre, il lui faut déployer ses ailes, prendre une certaine distance, développer son propre style. Il y aura peut être de la tension avec celui ou celle qui l'a aidé, mais en principe les choses rentreront dans l'ordre, pourvu qu'elles soient dites. Un père spirituel ne peut qu'être heureux de voir sa fille ou son fils spirituel choisir sa voie et l'assumer. N'est-ce pas, au fond, la preuve du succès de son enseignement?

Et vous, avez-vous connu un mentor, qui vous a aidé à progresser ?

> Ecouter l'émission sur le site d'Europe 1

*On a compris que je n'aborde pas dans cette note le mentoring professionnel, qui est une relation contractuelle. Le mentoring est une modalité courante d'accompagnement des entrepreneurs dans leur démarche de création. Dans ce cas, le mentor joue un rôle de coach, mais aussi d'expert du secteur d'activité, en ouvrant au mentoré son carnet d'adresses, etc.

21 octobre 2008

Plaisir d'échouer, joie de décevoir

On sous-estime généralement les innombrables vertus de l'échec. Le ratage est pourtant l'expérience humaine la plus commune, et probablement l'une des plus riches d'enseignements variés. Dans un univers axé, parfois de manière trop manichéenne, sur la performance et une utopie de l'infaillibilité, il est bon de rappeller, comme disait Churchill avec son habituelle ironie, que "la réussite, c'est aller d'échec en échec sans jamais se décourager".

Réhabiliter l'échec paraît bien nécessaire, car on n'entreprend jamais rien si l'on est paralysé par la hantise d'échouer. Il y a, de ce point de vue, des leçons à tirer des cultures anglo-saxonnes, qui valorisent celles et ceux qui prennent des initiatives, qui retroussent leurs manches. Peut-être est-ce une conséquence  de leur culture de la libre entreprise ? En tout cas, on considère que si les efforts d'une personne ne sont pas payés d'une réussite immédiate, ils l'en rapprochent. Quelqu'un qui a beaucoup essayé, sans se décourager, montre une force de caractère qui a de grandes chances de le mener un jour au succès – bref cette persévérance à rebondir est portée à son crédit.

L'échec n'est cependant riche d'enseignements qu'à la condition de prendre le temps d'en extraire la substantifique moëlle. Examiner "ce qui n'a pas marché" apporte toujours des informations essentielles sur certaines situations, et la manière dont nous les abordons. Cela permet, rétrospectivement, de mieux comprendre l'enchaînement des événements, les différentes phases d'un projet, de repérer nos "angles morts", ce sur quoi nous avons manqué de lucidité, ou les choses que nous n'avons pas voulu voir. Je me souviens d'une cliente qui s'associait toujours avec des personnes peu fiables, ce qui se traduisait par des dissensions, et lorsque le vent commençait à souffler, elle ne pouvait jamais compter sur ses partenaires – quand ils ne se retournaient pas contre elle!  Le travail que nous avons fait ensemble lui a permis de voir qu'elle ne s'autorisait pas à agir en son nom propre, ce qui lui faisait rechercher des "béquilles", des gens qui la confortaient par les paroles quand tout allait bien, mais qui profitaient de son énergie sans être pour elle d'un réel secours. Du jour où elle a perçu cela d'une manière claire, elle a pu agir pour elle, assumer la responsabilitéde ses initiatives. Et c'est ainsi qu'elle a commencé à réunir autour d'elle des partenaires aux compétences vraiment complémentaires, qui l'ont aidé à construire.

L'analyse des échecs a d'autres vertus, et notamment, en coaching, de permettre des recadrages fructueux. C'est-à-dire de réaliser que ce qu'on croyait un échec… n'en est pas un ! Bien souvent, focalisé sur un objectif, nous croyons avoir manqué notre cible, avant de réaliser, en prenant du recul sur la situation, que, par notre initiative, s'est créée une nouvelle situation pleine de possibilités.

Qu'est-ce qui caractérise l'échec véritable ? Nous devons être attentif en cas de répétition des situations douloureuses. C'est le signe qui doit alerter. Ce peut être aussi bien dans la vie intime que professionnelle. Cela signifie souvent que nous apportons une mauvaise réponse à de vraies questions, et que nous nous épuisons à répéter "toujours plus de la même solution qui ne marche pas". Il est important alors de prendre le temps de comprendre ce qui se passe, pour sortir du cercle dans lequel on se sent enfermé, et trouver des options pour rouvrir le champ des possibles.

Image : Icare, Henri Matisse via allposters

02 avril 2008

Coupable, forcément coupable…

Que celui ou celle qui n'a jamais eu à se défendre d'un sentiment de culpabilité me jette la première pierre !

C'est à un fort intéressant voyage dans les méandres des relations de culpabilisation que nous invite le psychanalyste et thérapeute familial Robert Neuburger. Son petit essai, qui donne une large place à la clinique, est fort bien conçu. Ce n'est pas une indigeste somme universitaire, non plus qu'un tissu de lieux communs et de poncifs mis bout à bout, comme il arrive lorsque les éditeurs publient à la chaîne des livres de développement personnel insipides, en faisant fi de la qualité des textes.

On peut juger de l'actualité de son projet à cette propension, aujourd'hui, à toujours se défendre en endossant le statut de la victime. Si je suis victime, c'est que l'autre est coupable, donc méchant, n'est-ce pas ? La dialectique de la culpabilité est redoutable, multiforme, sans arrêt réversible. La victime pourrait bien se révéler bourreau, si l'on y regardait de près. Et vice-versa. Et d'ailleurs l'un des outils les plus simples, en coaching, pour faire prendre conscience de certains effets systémiques n'est-il pas le célèbre triangle dramatique, persécuteur-victime-sauveur ? Une affaire qui tourne rond, et même souvent en rond. Et qui peut causer des dégâts, en même temps qu'un immobilisme frustrant, ou de véritables escalades mimétiques. Savoir le repérer et s'en extraire est toujours un grand pas en avant vers des relations plus saines.

Bien sûr, en choisissant cet angle de vue, le risque serait d'envisager tout conflit, désaccord ou tentative d'influence et de manipulation comme une forme de culpabilisation. C'est une grille de lecture qui a ses limites, mais qui opère parfaitement dans ce texte court et bien écrit, que l'on peut recommander. Parce qu'à bien y réfléchir, un grand nombre de nos interactions sont marquées par le recours, conscient ou inconscient, aux différents registres de la culpabilisation, le plus souvent structurés dans l'enfance. Il est intéressant d'en prendre conscience, première étape vers la libération et une affirmation tranquille de soi.

A propos de l'auteur

Marc Traverson est coach et consultant associé acteüs. Egalement psychothérapeute, il accompagne ses clients dans l'atteinte de leurs objectifs de vie.

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