Pardonnez le narcissisme implicite de cette question qui m'est venue alors que je m'interrogeais sur un prochain livre, que j'ai quelque peine à accoucher (il devrait traiter du changement personnel, je vous dis ça au cas où il sortirait un jour, mais je ne suis plus sûr de rien à ce stade). Et l'une des raisons en est... ce blog. On aurait tort en effet de sous-estimer l'impact d'un outil sur son utilisateur. Quand on est passé de l'usage de la serpe à celui de la tondeuse à gazon, l'herbe a continué d'être coupée, mais les utilisateurs ont troqué leur arthrose du coude pour la maladie de Parkinson. La fonction crée l'outil, mais l'outil induit la maladie. En passant de la classique page Word hébergée sur mon disque dur au "post" de 3000 signes immédiatement craché sur le réseau, je crains que ma façon de penser l'écrit n'ait été reformatée au passage - d'ailleurs, je suis tombé du côté où je penchais, car le
short writing a toujours eu ma prédilection. Bref, tout ceci pour dire que l'écriture cursive et de long cours, que suppose la rédaction d'un livre, me semble maintenant une discipline bien ingrate. Pour écrire un livre, ceux qui sont passés par là le savent, il faut une persévérance de marathonien, un cap à tenir envers et contre toute envie de baguenauder sur des sujets annexes, une logique qui s'articule sur deux ou trois cents pages... et un bon éditeur ! En aurais-je perdu l'habitude et la discipline ? Au bout de trois paragraphes, j'ai envie d'appuyer sur le bouton "publier" et d'aller faire autre chose, attendre les commentaires des lecteurs, par exemple. Bref, suis-je encore capable (et désireux) de me lancer dans l'aventure d'un long métrage, alors que le court est une forme si amusante et interactive, c'est toute la question. Je la pose en public, parce que finalement, tout ça, c'est un peu de votre faute !