On sous-estime généralement les vertus de l'échec. Je vous entends tiquer. Pourtant le ratage n'est-il pas l'expérience humaine la plus commune, et l'une des plus riches d'enseignements variés? Dans un univers qui met l'accent, de manière manichéenne, sur la performance et l'infaillibilité, il est bon de rappeller, comme disait Churchill avec sa coutumière ironie, que "la réussite, c'est aller d'échec en échec sans jamais se décourager".
Réhabiliter l'échec paraît donc nécessaire: on n'entreprend jamais rien si l'on est paralysé par la hantise d'échouer. Nous aurions, de ce point de vue, quelques leçons à prendre des peuples anglo-saxons, qui valorisent celles et ceux qui prennent des initiatives, et retroussent leurs manches (au risque parfois de cultiver une naïveté irritante pour nous autres latins). Est-ce une conséquence de leur culture de la libre entreprise ? En tout cas, on considère chez eux que si les efforts d'une personne ne sont pas payés d'une réussite immédiate, ils l'en rapprochent. Leur croyance est que quelqu'un qui prend des risques démontre une force de caractère qui a de grandes chances de le mener au succès – bref cette persévérance à rebondir est portée à son crédit.
L'échec n'est cependant riche d'enseignements qu'à la condition d'en extraire la substantifique moëlle. Examiner "ce qui n'a pas marché" apporte des informations précieuses sur certaines situations, et la manière dont nous les abordons. Cela permet, rétrospectivement, de mieux comprendre les différentes phases d'un projet, de repérer nos "angles morts", ce sur quoi nous avons manqué de lucidité, ou que nous avons délibérément refusé de considérer.
Une de mes cliente s'associait toujours avec des personnes peu fiables. Dès qu'une tempête s'annonçait, ses partenaires se révélaient faibles et fuyants – quand ils ne se retournaient pas contre elle! Le travail que nous avons fait ensemble lui a permis de s'apercevoir qu'elle ne s'autorisait pas à agir en son nom propre. Elle s'arrangeait pour rechercher des "béquilles", des gens qui la confortaient par les paroles quand tout allait bien, mais qui profitaient de son énergie sans être pour elle d'un réel secours quand elle en aurait eu besoin. De ce jour, elle a pu agir pour elle, se faire confiance pour assumer la responsabilité de ses propres initiatives. Et c'est ainsi qu'elle a peu à peu attiré autour d'elle des partenaires aux compétences vraiment complémentaires, qui l'ont aidé à construire.
L'analyse des échecs a d'autres vertus, et notamment, en coaching, de permettre des recadrages fructueux. Combien de fois réalise-t-on que ce qu'on croyait un échec… n'en était pas un ! Focalisés sur un objectif, nous croyons avoir manqué notre cible, avant de réaliser, en prenant du recul, que, par notre initiative, s'est créée une situation riche en nouvelles possibilités.
Alors, à quoi reconnaît-on véritablement l'échec ? Nous devons être attentif en cas de répétition des situations douloureuses. C'est le signe qui doit alerter, qu'il s'agisse de la vie intime comme professionnelle. Dans ce cas, cela signifie que nous apportons une mauvaise réponse à de vraies questions, et que nous nous épuisons à répéter "toujours plus de la même solution qui ne marche pas". Il est alors nécessaire de faire un pas de côté, et de réexaminer son propre rôle, pour casser le système dans lequel on se sent enfermé, et rouvrir le champ des possibles.
La situation actuelle sur les marchés financiers confronte tous les acteurs à une nécessité, qui est aussi un véritable casse-tête : décider dans un environnement illisible, parfaitement opaque. Comment arbitrer ?


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