Combien d'orateurs commencent leur discours en s'excusant ? "Je sais qu'il est tard, mais…" ou bien "je vais faire très court, car…" Ou encore, "je sais que vous attendez surtout que untel s'exprime..." Etc.
Effet du trac? Sans doute. Mais ce n'est qu'un exemple parmi tous ceux que vous pourrez entendre de ces manifestations de… de quoi, au juste? Appelons cela le syndrome du bémol. Le bémol, vous savez, cette note abaissée d'un demi-ton. Cette manie qui consiste à diminuer la force de son propos en y incluant des excuses anticipées, en minimisant sa portée, ou en dépréciant l'action que l'on s'apprête à accomplir.
Si l'on écoute attentivement les paroles d'un vendeur, d'un manager, d'un dirigeant, il n'est pas rare de repérer ces tics de langage.
"J'aurai peut-être un peu besoin de vous demain…"
"je souhaiterais éventuellement vous rencontrer, bien sûr si ça ne vous dérange pas"
"Evidemment, on aurait pu faire mieux, mais…"
"Je sais que ce n'est pas le meilleur moment pour vous parler de cela, mais…"
Il y a mille façons de bémoliser. Certains ne font jamais un pas vers l'autre sans s'excuser ! A ce stade, ce n'est ni de la modestie ni de la politesse. S'il s'agit de convaincre ou de rassurer, l'effet produit est toujours contre-productif, car le manque d'assurance qu'il laisse transparaître nuit à la crédibilité du locuteur. On pourrait aussi s'intéresser aux "bémols gestuels", ces attitudes d'inquiétude ou de réassurance, qui nous trahissent et parasitent notre communication.
Personne n'est à l'abri des bémols. De ce point de vue, l'utilisation de la vidéo est impitoyable. Elle permet de voir à quel point il nous arrive d'affaiblir nos arguments par l'ajout de formulations minimisantes, qu'il faut repérer pour se donner une chance de les éliminer. Un langage simple et direct, dans une phase de négociation par exemple, est plus efficace pour emporter l'adhésion et convaincre.
Le surgissement des bémols peut signaler une gêne justifiée, le doute sur un point précis (par exemple, un négociateur qui doute de sa position ou de ses arguments). Il peut s'agir aussi d'un manque de confiance en soi, d'une forme de timidité. Ou encore - et c'est souvent le cas - d'une mauvaise habitude héritée de l'enfance. Dans ce cas, la prise de consciene et un peu de discipline permettent en général de retrouver une parole plus affirmée.
Petit exercice pratique : soyez attentif aux bémols dans vos propos, et notez les moments où ils ont tendance à surgir.
