Quoi de neuf, dans le
monde de l’accompagnement professionnel ? Une étude, réalisée par Gilles
Alexandre, de l’association Entreprise
& Personnel. Intitulé "politiques et pratiques du coaching en
entreprise", ce papier se lit avec d’autant plus d’intérêt qu’il est
documenté, cite des situations précises, et s’efforce d’éviter les jugements à
l’emporte-pièce qui font florès, dès que l’on parle des coachs.
Selon lui, 75% des multinationales auraient recours au coaching. La proportion reste élevé pour les entreprises de plus de 1000 salariés (60%), mais tombe à 15% pour les autres PME. Je rajouterai à ce constat mon sentiment que, de plus en plus nombreux, les consultants, professions libérales, patrons de petites structures, viennent à cette approche – eux qui sont au four et au moulin, et ont tous les jours des décisions stratégiques à prendre pour leur activité !
L’auteur évoque la difficulté à cerner cette pratique (mais il y arrive fort bien, me semble-t-il) et son marché, qu’il estime relativement étroit. Concernant le développement des différentes associations de coaching, il rappelle avec bon sens que « la certification corporatiste est d’abord un commerce » et « qu’il n’est guère plus convaincant qu’hier de se prévaloir de tel ou tel label ou de le recommander ».
Autre point intéressant, et que nous avions soulevé, sur mon initiative, dans l’association Coaching & Cnam lors d’une présentation au récent Salon du coaching, le coaching interne progresse dans les grandes organisations. Gilles Alexandre cite d’ailleurs l’expérience remarquable menée à l’ANPE, depuis plusieurs années, pour instaurer une véritable culture du coaching interne, sur des bases théoriques développées par les enseignants du CNAM, et notamment Dominique Lecoq. Il décrit le processus de sélection et d’habilitation de coachs internes, son développement dans la filière managériale (aujourd’hui, on compterait 80 coachs internes, qui font en moyenne deux missions par an).
Autres cas cités, celui de la SNCF, et celui d’une entreprise informatique. Il montre ainsi la variété des pratiques (contrat tripartite, ou pas ?), la dimension plus ou moins prégnante de l’évaluation des résultats dans la culture de coaching de l’entreprise, et ses articulations dans certains cas avec des outils de type 360°, ou leadership review.
Une question stimulante que pose cet article concerne le caractère « élitiste » du coaching ( même si j’ai entendu que certaines associations, comme l’Association Européenne de Coaching ont mis en place des dispositifs de « coaching solidaire »). L'auteur ne manque pas d'humour lorsqu’il parle de "coaching de distinction" pour certains top managers. D'ailleurs voici comment il propose de distinguer les différents types de coaching :
a. Le coaching de distinction (cf. les analyses de Pierre Bourdieu dans « L’éloge de la distinction ») systématiquement proposé aux dirigeants et aux cadres supérieurs. Aucune entreprise ne le qualifiera ainsi, mais il s’agit bien d’une attribution statutaire. Liberté restant à chacun d’en user ou pas.
b. Le coaching miroir (…) se caractérise par le besoin de confronter ou de clarifier très librement par le questionnement et par le débat un certain nombre d’hypothèses, de scenarii ou de décisions avec un interlocuteur de confiance.
c. Le coaching de performance destiné à développer telle ou telle compétence ou à progresser dans l’atteinte d’un objectif.
d. Le coaching situationnel ou stratégique centré sur la compréhension, la résolution ou le dépassement d’une situation critique ou conjoncturelle.
e. Le coaching de développement plus axé non pas sur l’atteinte d’une meilleure performance mais sur une meilleure compréhension de soi en situation professionnelle ; ex. analyser ses comportements suite à une démarche 360°.
f. Le coaching de soutien pour aider une personne en difficulté.
Et l’auteur de s’interroger sur le futur : « demain, assistera-t-on au développement dans l’entreprise (à
commencer par les dirigeants) d’un coaching physique axé sur un meilleur bien-être ou sur une capacité à mieux supporter les charges de déplacement ou de performance ? » Aimé Jacquet, au secours!
