
Beaucoup de gens assurent qu'ils détestent les conflits, ou même qu'ils ne les supportent pas. Cela peut être vrai ou non, mais ce goût de mettre en scène une « absence d'aggressivité » montre que le conflit n'a pas bonne presse et qu'il est bien vu de s'y déclarer étranger. Pourtant, dans tous les lieux de la vie sociale se pose la question du pouvoir, et chacun est amené à se positionner dans des rapports de force. Le conflit s'épanouit en particulier au cœur d'une machine économique dont le moteur est la compétition. Dans le monde du travail, chacun est un jour confronté à la nécessité d'organiser sa propre survie, de surmonter les obstacles au développement de ses compétences ou de se défendre contre une agression. D'où la nécessité, y compris dans une pure logique de dissuasion, d'être en mesure de défendre ses intérêts, voire de vendre chèrement sa peau. Qu'on ne s'y trompe pas : dans certaines circonstances, toute notre créativité est requise pour rendre notre position aussi forte qu'il est possible, et compliquer au maximum la tâche de l'adversaire.
La peur d'être mêlé à un conflit a souvent une valeur auto réalisante, puisque cette crainte, dès lors qu'elle se manifeste, est interprétée comme une faiblesse par ceux qui cherchent à assurer leur domination par la force. Il est donc souhaitable, si l'on veut absolument éviter d'entrer dans le combat, de prétendre le contraire, ou sinon d'adopter une stratégie alternative : la fuite est une issue normale pour qui se trouve confronté à un ennemi plus fort en nombre ou disposant d'armes de destruction massive.
On rencontre dans certaines entreprises des gens usés par des humiliations quotidiennes, au bord de la crise de nerfs, ayant perdu leur joie de vivre et parfois jusqu'à l'estime d'eux-mêmes, pour s'accrocher à un poste ou une place dont leur hiérarchie tente de les déloger. Mener une guerre d'usure peut être une habile tactique, à condition de ne pas en être soi-même la première victime. Ce serait le cas si l'on devait se retrouver vidé de ses ressources et de son énergie au terme d'une épuisante guerre de tranchées. Certains tempéraments procéduriers, provocateurs ou pervers, s'épanouissent dans le conflit, y trouvent leur plaisir, et parfois même une raison de vivre. Les autres, en de telles circonstances, doivent mesurer le profit réel qu'ils peuvent retirer d'une résistance acharnée. Celle-ci en vaut-elle la peine ? La question mérite au moins d'être posée. En cas de réponse négative, ils doivent se replier en bon ordre pour préserver l'essentiel : leur joie de vivre.
(Extrait de « la Zen Attitude », publié aux éditions Dervy)
