Quelques lignes extraites de la Zen Attitude:
Dans l’exploration de notre être-au-présent, et des moyens que nous avons d’accroître notre densité en tant que personne, les traditions bouddhistes, le taoïsme et la foisonnante matrice du yoga, disposent en quelque sorte d’une haute technologie qui peut nous inspirer. La maîtrise de l’immobilité et l’apaisement du mental enseignés par le zen, comme l’éloge de la patience et de la prudence dans les rapports sociaux qui traverse le taoïsme pourront servir d’antidote à notre « bougisme ». Comme le goût d’une tisane âcre et forte après un excès de sucreries. Passées au tamis du temps long, ces pensées ramènent à sa dimension anecdotique le buzz de nos sociétés compulsives. Purge salutaire ! Dans leurs styles, Tchouang-Tseu, Lao-Tseu, Dogen, Deshimaru, parmi beaucoup d’autres, lancent des mots d’ordre subtilement subversifs: éloge du vide quand nous rêvons de l’abondance de stocks débordants ; éloge de l’intuition et de la non-pensée quand nous sacralisons la Raison dominante ; éloge de la compassion quand toute la machine sociale fait en sorte, inlassablement, d’évaluer, de catégoriser, d’étiqueter, et finalement d’exclure.
L’effort consiste à accroître notre capacité à englober le détail et le particulier dans une vision large, équanime. Réunir plutôt que diviser. Ne pas agir pour le seul compte de l’ego ou de l’image. Considérer le tout plutôt que les parties. « Etre très éveillé et suprêmement détaché » écrit Henri Michaux à propos de la contemplation. Et encore : « Voir, mais pas examiner. » Accueillir les contradictions, ne pas s’y arrêter, au contraire les fondre dans une vision renouvelée, en faire un moteur pour élever l’esprit, c’est là sans doute un mouvement propre aux philosophies asiatiques – et pour nous, un enseignement précieux. Par le détachement mental et l’enracinement dans le présent, les anciens maîtres de l’Asie approchent au plus juste une certaine expérience essentielle et transmettent, presque malgré eux, une humanité que chacun peut reconnaître en soi – avec d’autant plus de gratitude pour la générosité de ceux qui nous la transmettent ainsi que nous voyons, autour de nous, le monde devenir étranger à ses propres habitants, jusqu’à sombrer parfois dans sa propre caricature."
