L'analyse de toute situation personnelle ou professionnelle nous amène à buter sur des contraintes. Nous nous apercevons que nous ne pouvons pas faire ceci, parce que nous devons respecter telle urgence. Ou bien, nous devons absolument faire cela, parce qu'un contrat nous y engage, que nous l'avons promis à untel. Etc.
Explorer une situation dans laquelle nous sommes acteurs, c'est donc baliser un champ de nécessités, d'obligations et d'impossibilités. Qui nous interdisent, donc, de faire ce que nous voudrions, comme nous voudrions. Apparemment.
Le paradoxe, c'est que les contraintes sont aussi des points d'appui. Rien n'est plus déboussolant qu'une totale liberté, qu'une page absolument vierge, qu'un avenir sans phare ni balise.
Michel-Ange écrit quelque part: "L'art naît de contraintes et meurt de liberté".
Imaginez un directeur artistique, qui entend le brief de son client. Il va y repérer des contraintes, grâce auxquelles il va pouvoir envisager une forme. Parce qu'il va s'appuyer dessus. Plus vous me donnez de contraintes, plus mon travail est facile, parce que déjà se dessine un réseau de forces, de besoins, auxquels répondre - et qui, en somme, contiennent, en creux, une solution.
Vous ne me croyez pas? Tenez, voilà le résultat d'une contrainte, le vers alexandrin, ce corset de deux fois six pieds:
Le temps d'apprendre à vivre, il est déjà trop tard (Aragon)
