Le jeu d'échecs est une de mes marotte. Cela m'a donné ici l'occasion de faire des parallèles avec certains processus tactiques repérables, par exemple, dans une campagne électorale, dans certains aspects de la négociation ou dans une compétition économique.
Une technique bien connue est la pêche en eaux troubles. Il s'agit en somme d'agiter le fond vaseux de l'étang pour obscurcir la vision des rivaux, déboussoler les ennemis, créer la confusion chez les proies.
Aux échecs, cette manoeuvre est utilisée par un joueur en difficulté, ou plus faible. Il voit se refermer sur lui les griffes de son adversaire. S'il continue à jouer normalement, il va céder. Alors, plutôt que de consentir à la passivité, et de contempler sa position se dégrader lentement, il décide, par des coups parfois douteux, de compliquer au maximum la situation sur l'échiquier. Ce faisant, il s'efforce de multiplier devant l'adversaire les chemins possibles (dans une situation complexe, beaucoup de coups deviennent possibles, lequel choisir?). Il lui donne du travail, l'oblige à faire des choix - et pour cela, à consommer un temps précieux. Pas simple de démêler, dans l'écheveau des possibilités, celle qui assurera le maintien de sa domination.
Affaire de prise de risque, donc. Et de jeu psychologique. Dans la campagne électorale, certains acteurs sont des spécialistes du soulèvement de vase. Lancer des leurres, provoquer, créer de l'agitation, se terrer dans le silence quand le temps travaille pour eux. Patienter. A l'affût de l'électeur égaré.
