Le pouvoir*, apprend-on avec l'âge et l'expérience, ne se donne pas - il faut toujours, d'une manière ou d'une autre, le prendre.
Vous serez en droit de me dire qu'un manager qui "monte" d'un cran dans la hiérarchie se voit octroyer un nouveau pouvoir. Oui. Mais.
Mais il lui faut asseoir ce pouvoir en installant, auprès de l'équipe, son autorité. Et cela passe par un certain nombre de gestes, d'attitudes, de comportements, qui seront, de fait, une "prise" du pouvoir. Il s'agit d'occuper un espace symbolique. Celui du chef, ou du Père (au sens classique de la psychanalyse - rien n'empêchant une femme d'y être, bien entendu).
Le pouvoir a horreur du vide, on le sait. Il attire même parfois l'embouteillage. Nous en avons sous les yeux la démonstration avec une campagne électorale d'autant plus intéressante, de ce point de vue "processif", que le jeu des forces politique semble très ouvert.
L'art de la conquête du pouvoir est un art du temps (rythme, dynamique) et un art du positionnement (choix stratégique du terrain de l'affrontement). Le conquérant doit s'efforcer dans ce processus de tenir la position de plus grande inertie, d'incarner le pôle "magnétique" qui draînera à lui la limaille des opinions favorables. Ce n'est pas forcément le plus petit dénominateur commun. C'est la posture symbolique qui, à un moment donné, structurera le plus fortement le champ des opinions conscientes et des désirs inconscients du corps électoral.
Une fois cette position prise, disent les traités chinois de stratégie, le conquérant doit avoir la sagesse de ne surtout rien faire qui puisse contrarier la dynamique positive qui s'amorce. Il doit se laisser porter par la vague, se fondre dans un courant qui le dépasse, en devenir l'instrument.
Ne nous y trompons pas: rien n'est plus difficile que ce "rien-faire". Il contient l'essence même de la conquête.
*PS: le mot pouvoir recèle une ambiguité fondamentale, entre le "pouvoir sur" (le pouvoir pour dominer, pour jouir de cette position) et le "pouvoir pour" (le pouvoir utilisé pour faire, pour réaliser). Bien entendu, rien n'est chimiquement pur, il s'agit simplement des deux pôles entre lesquels circule cette notion. Et vous, de quel côté du pouvoir vous sentez-vous?
