Cette période de grisaille vous donnera peut-être le temps de lire ? Voici quelques ouvrages qui méritent un détour. Il y a des choses "sérieuses" et d'autres qui le sont moins, des essais et un récit autobiographique. Je vous souhaite une bonne lecture, et surtout d'excellentes fêtes de fin d'année.
La dynamique des groupes, de Roger Mucchielli (ESF Editeur).
Voici une présentation assez complète des phénomènes observables au sein des groupes restreints, ceux auxquels sont confrontés les formateurs, mais aussi les managers. L'ouvrage est en deux parties. La première propose une vue d'ensemble des enjeux, des éléments dynamiques, de la structuration des groupes, à travers une approche empruntant surtout à la psychosociologie. La seconde partie propose des exemples et exercices d'observation des phénomènes propres au groupe, et une méthodologie d'étude de ces phénomènes. C'est un livre sérieux, riche, assez théorique dans son approche. Utile pour formaliser et enrichir le quotidien de ceux qui doivent animer des groupes.
L'Hypnose aujourd'hui, sous la direction de Jean-Marc Benhaiem.
Il s'agit d'un recueil d'articles de bonne tenue (pas toujours le cas lorsque l'on parle de ce sujet controversé) sur les aspects pratiques et théoriques de la pratique de l'hypnose. Comment articuler hypnose et psychanalyse ; l'hypnose analgésique ; questionnements variés autour de l'hynose utilisée en psychothérapie... Je n'ai pas encore tout lu, mais ce livre récent (2005) me semble apporter une actualisation tout à fait intéressante des connaissances autour de l'hypnose thérapeutique -- avec en exergue une citation de Francois Roustang, qui, après le pionnier Léon Chertok, fait aujourd'hui autorité: "Et je propose de nommer l'hypnose: "veille paradoxale", puiqu'elle emprunte à la veille, au rêve et au sommeil."
Poursuivons avec le Thérapeute et son patient,
du même François Roustang (l'Aube).
Un excellent petit livre d'entretien avec le psychanalyste Pierre Babin. Roustang est un psychanalyste "passé à l'ennemi", et il ne mâche pas ses mots :) Au-delà de l'anecdote, il apporte tout le sel de son expérience pour théoriser une nouvelle position du thérapeute, faite d'une grande ouverture à ce qu'apporte le patient: "il faut que la patient invente, mais que le thérapeute invente lui aussi". Il y a du moine zen chez François Roustang, mais je ne suis pas sûr qu'il apprécierait cette comparaison!
The tipping point,
de Malcolm Gladwell (Little, Brown and Company).
Un de ces best-sellers typiquement américain à la frontière du management, du maketing et de la psychosociologie. Gladwell applique les lois de l'épidémiologie à la diffusion des idées et des concepts dans la société. Le tipping point, c'est le moment crucial où la dynamique de met en place, où ce qui était minoritaire et ignoré devient prééminent et se répand à grande vitesse. On comprend l'intérêt des marketeurs pour cette approche épidémique (ne parle-t-on pas aujourd'hui du marketing viral). Je n'en suis qu'au deuxième chapitre, revue complète ultérieure.
En marge,
de Jim Harrison (en 10:18).
Je n'ai découvert Gentleman Jim que l'été dernier, via un recueil de nouvelles, dont l'une m'a laissé ébloui. Il n'y avait qu'une chose à faire: ouvrir l'autobiographie de l'ogre du Michigan. On n'est pas déçu. Harrison est un prosateur hors pair. Il emmène le lecteur par des chemins de traverse, inattendus, saute du coq à l'âne, nous promène dans les coulisses de Hollywood et des universités new-yorkaises aussi bien que dans une chasse à la grouse, ou une pèche au gros à la Hemingway dans les Keys. L'émotion surgit quand on ne l'attend pas et, si le plaisir et la souffrance se mêlent dans ces pages, jamais Harrison ne s'appesantit. Sa vie hors du commun est un plaidoyer pour la tolérance (y compris envers soi-même). L'art d'un poête unique et attachant. Chaudement recommandé.
Fun Home, d'Alison Bechtel
Merci à Libération d'avoir publié en feuilleton cette extraordinaire autobiographie dessinée. C'est une découverte. Avec une sensibilité et une lucidité poignante, Alison Bechtel y raconte son enfance, ses rapports avec son père, la découverte de son homosexualité. On navigue entre secrets de famille, déchirures cachées, enfance gothique, anxiétés sexuelles et grande littérature. Car il y a une dimension proustienne évidente dans cette bande dessinée hors norme. A ne pas rater.
