Henri Kaufman s'interroge sur la sémantique de la "rupture tranquille". Un accouplement signifiant des plus étrange, à mon avis. Ce slogan pourrait en effet se révéler un boulet pour celui qu'il est censé promouvoir. Les communicants politiques du candidat de l'UMP se seraient-ils engagés dans une impasse?
Bien sûr, la référence au Mitterrand de 1981 (la "force tranquille") est frappante, presque naïve. Que penser de ce "surlignage" ? S'agit-il de se placer dans la trace victorieuse d'un maître manoeuvrier de la politique ? S'agit-il d'un inconscient coup de pied de l'âne à Jacques Chirac ? On se perd en conjectures.
Autre chose frappe. C'est le fait que le qualificatif "tranquille" est arrivé après-coup. Il a été accolé en urgence à "rupture", pour faire taire les critiques, nombreuses, qui se sont exprimées, y compris dans le camp du candidat, contre le choix de ce mot. Car la rupture fait peur. Elle renvoie à quelque chose qui se casse. Elle sonne comme raptor, ce petit dinosaure carnassier qui s'ébroue dans le Jurassic Park... La société française a-t-elle besoin de plus de cohésion, de plus de coopération, de plus de lien? Sinon, que faut-il encore rompre qui ne le soit déjà? En somme, s'inquiètent certains, l'incantation à la rupture risque de rendre plus difficile le nécessaire "rassemblement" (figure politique imposée de l'élection présidentelle)?
C'est dans ce contexte qu'est apparu "tranquille". Comme un antidote, un bémol, un garde-fou à la violence de la rupture. Créant un double problème : une impression de rattrapage, voire de bricolage ; et un déficit de lisibilité. Une rupture ne peut pas être tranquille, pas plus que la glace ne peut être chaude. Oxymore Président ?
