Nombre de gens qui pratiquent une forme de méditation seraient sans doute surpris que l’on dénomme ainsi ce moment de disponibilité qui leur est nécessaire de loin en loin, ou peut-être chaque jour. Nous donnons tous un sens différent à une pratique qui ne se paie pas de mot. Quelque forme qu’elle revête, la méditation est un moyen unique d’apaiser les émotions perturbatrices, pour approcher une quiétude intérieure qui fait sentir ses effets sur l’entourage.
C’est un aspect séduisant des pensées asiatiques : leur spiritualité subtile se double d’un caractère concret – opérationnel, pourrait-on dire. Elles sont moins portées sur le concept que sur les modalités de l’action : la pratique. L’approche méditative est donc, aussi, une « technique de management personnel », pour paraphraser le langage de l’entreprise. Elle est une pause bénéfique qui recharge en énergie, un moyen simple et toujours à notre disposition pour retrouver une disponibilité perdue.
Pour tenter d’en approcher l’essence, disons que la méditation porte l’idée d’un « retour au milieu de soi », par une attention particulière à ce qui se passe en nous, dans l’instant. On peut méditer en marchant, en attendant son tour dans un bureau de poste, et pourquoi pas ? au beau milieu d’une réunion qui s’éternise. Au plus simple, il s’agit de se rendre conscient de notre monde intérieur : souffle, posture, déroulement de l’activité mentale.
Inutile d’utiliser de complexes techniques de visualisation ou d’autosuggestion : l’activité méditative n’est pas une prise de tête ou un enfermement dans ses pensées, elle ne vise jamais la performance – ou, sinon, manque son but. Elle ouvre à ce qui nous entoure. Si elle marque la capacité de se détacher, c’est que le détachement est la condition d’un engagement total et d’une disponibilité au monde.
Les pratiques bouddhistes assurent qu’un individu ne peut espérer changer le monde autrement qu’en agissant par lui-même, sur lui-même (l’Occident a longtemps compris cela, à tort, comme une attitude fataliste devant l’existence). Parce que c’est là qu’il a la main. Atteindre un plus grand degré de conscience des choses pour agir avec plus de justesse, et de bonheur. L’idée-maîtresse de la méditation est que nous pouvons adopter, volontairement, une attitude qui apaise l’esprit, pour le rendre « aussi lisse qu’un miroir ». Le Zen utilise souvent comme métaphore de l’esprit l’image d’un lac intérieur. Agitée par mille turbulences, par les émotions, les peurs, les envies, l’eau se trouble, et nous devenons confus. Si nous lui laissons le loisir de s’apaiser, l’eau étale apparaît d’une absolue clarté et devient alors ce miroir qui reflète avec justesse la réalité du monde.
(Extrait de la Zen Attitude, Dervy 2006)