Ces lignes sont extraites de "La Zen Attitude", et composent une tentative de portrait du "Sage" tel qu'il apparaît dans le textes canoniques de la tradition chinoise.
"Il n’est ni un roi ni un saint. Le sage mesure le monde pour ce qu’il est: ni bon ni mauvais, ni haut ni bas, ni grand ni petit, ni compliqué ni simple. Le sage se défie des mots et se moque des jugements. Il porte en lui la fraîcheur de l’enfance, le mystère de toutes les « premières fois ». Il sait que la vie va, que la mort vient et que seul sauve l’amour qui n’est pas désir de possession parce qu’alors rien ne le limite. L’univers est tissé d’irréconciliables contradictions qu’il est vain de prétendre résoudre. Que savons-nous de ce qui se passe ? Que savons-nous de ce qui advient ?
Le sage est un combattant revenu de tout, mais jamais blasé. Il est aussi bien philosophe que clown. Sa pensée saisit l’interlocuteur dans un éclair, parce qu’elle n’est pas « réfléchie ». Sa liberté est immense, puisqu’il n’attend rien. Il donne. Il prend. Sa générosité est d’offrir à qui en veut un appui pour libérer sa pensée, élargir son horizon. « Aux yeux du sage, le but de l’existence est moins de s’établir que de s’évader », écrit François Cheng. Que l’on songe à ces personnages hauts en couleurs, parfois au point de sembler côtoyer la folie, en tout cas résolument du côté de la transgression, qui surgissent dans les récits fondateurs de l’Asie. Il composent une formidable galerie d’artistes, peintres saisissants, calligraphes et ermites flamboyants, philosophes de chemins creux, qui ont pour point commun d’avoir toujours suscité la curiosité des seigneurs et des souverains. Ceux-ci cèdent à la curiosité qui les pousse à comprendre le secret de tels marginaux, si éloignés du pouvoir institutionnel, et qui pourtant atteignent une grande renommée tout en manifestant une insolente joie d’exister."
