Il y a une tendance forte, aujourd'hui, à accorder une importance
décisive à la pensée rationnelle, et souvent au détriment de l’intuition, l'intelligence sensible. L’accent mis sur
la pensée critique – corticale – confine parfois à un fétichisme du Neurone et de la Planification. Poussée à l’extrême,
cette primauté artificielle du « cérébral » sur le ressenti est cause
de dysharmonie, et d’erreur. Comme le rêve, l’intuition qui surgit porte
toujours une information importante, originale, riche d’un sens qui nous est
propre. Ne les négligeons pas.
La religion de la production, qui sacralise le cogito et l’intelligence consciente, a sans doute contribué à propulser nos sociétés à un niveau de confort et de richesse extrêmes, mais semble-t-il au détriment de « la tranquillité de l’âme » pour reprendre la formule de Sénèque. Et l’on rencontre de plus en plus de gens frappés d’une forme de schizophrénie : capables d’une pensée discriminante très sophistiquée, ils montrent dans le même mouvement un manque de confiance en leur intuition, quand bien même ils en reconnaissent l’existence.
