Mon ami de café Pierre G. (je n'ose écrire son patronyme sans permission, c'est un personnage ombrageux), m'entretient régulièrement des rapports du signifiant et du signifié. Je dois préciser qu'il est scénariste de son métier. Au fil de nos conversations, j'ai découvert que Pierre a fait sa formation intellectuelle à l'ombre de Saussure, Barthes et Lacan. La linguistique est son domaine, son armature intellectuelle, elle imprègne sa lecture toujours originale des événements et des causalités. Elle sous-tend même, me dit-il, les dialogues de ses scénarios, où la brosse à dents à propos de laquelle se dispute un couple représente évidemment bien autre chose qu'une brosse à dents.
Cette grille de lecture est stimulante, surtout s'il s'agit de décrypter notre monde d'images et de faux-semblants, où la répétition de quelques pauvres banalités s'efforce de nous faire prendre les vessies du signifiant pour les lanternes du signifié.
Par exemple, sur le phénomène Ségolène Royal. Qui ne voit qu'au fond, peu importe le signifié (c'est-à-dire ce que dit la bientôt candidate, son "programme"). Au fond, si ses concurrents-éléphants couinent avec tant de vigueur c'est bien qu'elle porte sur elle, dans son nom, un signifiant-maître. Royal, quoiqu'ils fassent, ils ne le seront jamais.
