Les philosophies orientales évoquent généralement les étapes vers un idéal de sagesse comme un cheminement – en référence au Bouddha qui, selon la légende, expérimenta tous les excès, de l’ascétisme à la luxure, avant de trouver la voie de l’Éveil, en s’asseyant simplement sous un arbre. Chacun, où qu’il soit, et quelque soit son âge, peut entamer ce voyage, s’asseoir sous l’arbre qu’il aura choisi, sans qu’il soit en rien nécessaire pour cela de plonger dans le mysticisme ou la dévotion à un quelconque gurù. Là comme ailleurs, il importe d’abord de ne pas se renier, de fuir tout dogmatisme ; de conserver la distance, parfois douloureuse en ce qu’elle rappelle notre solitude essentielle, qui seule autorise l’exercice d’une responsabilité et d’une liberté qui ne soient pas factices.
Les pratiques bouddhistes affirment que la source ultime de la paix est en l’homme lui-même. Cette source, c’est l’esprit. L’esprit, « nature originelle de l’homme », c’est l’ensemble psyché-soma de la psychanalyse, l’alliance du corps et du mental. Pour les bouddhistes, c’est un idéal d’harmonie qu’il s’agit de reconnaître et de cultiver en soi, quand mille perturbations du quotidien, souffrances, émotions, illusions, le dérobent à notre entendement. Message-clé que l’on peut entendre ici : l’équilibre intérieur préexiste, il nous appartient simplement de le porter au jour. Non pas en ajoutant des choses. Mais plutôt en nous dépouillant de l’inutile, du superflu, de tout ce qui le brouille ou le « recouvre ». L’homme avisé est celui qui est capable de reconnaître ce foyer de paix intérieure et d’y revenir sans cesse.
J’aime l’optimisme de cette conception, son éthique ouverte de la responsabilité. Le meilleur des mondes n’est pas renvoyé à un au-delà transcendant, pas plus qu’il n’est laissé au bon vouloir d’une divinité : la liberté, toujours à reconquérir, passe par le consentement à une discipline de soi, une attention détachée à l’instant présent, la place faite à un vide fécond sans lequel il n’y a guère de capacité d’agir vraiment, c’est-à-dire de créer.”
(Extrait de “La Zen Attitude”, Dervy 2006)
