S'il y a quelque chose de fêlé dans le "modèle français", pour reprendre une expression à la mode, c'est bien la question du partage des taches et des responsabilités entre les générations. On feint de croire que l'âge est indifférent. Mais non. On ne raisonne pas de la même façon à vingt ans, trente ans ou cinquante ans. Vous connaissez la comptine :
A vingt ans, on veut refaire le monde,
A trente, conquérir un empire,
A quarante, construire sa maison,
et au-delà... sauver les meubles.
Quand je disais que l'on ne raisonne pas de la même façon à 40 ou 60 ans, c'est que nous sommes conditionnés par notre horloge biologique, par la conscience que nous avons de notre trajectoire de vie. Notre « horizon de pensée » n'est pas le même. A soixante-dix ans, quelle que soit notre bonne forme physique, l'esprit est moins orienté vers l'action pour l'avenir. La sagesse ? Certes. Mais la sagesse n'est-elle pas de savoir organiser sa succession ? D'être en mesure de lâcher prise pour laisser la place aux nouvelles générations ? De savoir reconnaître les plus talentueux et de faire en sorte qu’ils puissent, eux aussi, exprimer leur vision au bénéfice de la collectivité ?
Un livre récent, bon "coup" d'édition, intitulé "la génération 69", stigmatise la propension des soixante-huitards à tenir becs et ongles les positions de pouvoir, sans laisser d'oxygène aux nouvelles générations, dans une forme de narcissisme qui les entraîne à tenter de prolonger une éternelle - et rebelle - adolescence.
S’il est naturel que l'expérience conduise à monter dans la hiérarchie jusqu'aux postes de pouvoir, comment se fait-il qu'il soit si difficile pour des "jeunes" (de 30 ou 40 ans !) de parvenir dans les postes où ils pourraient exprimer leurs talents ? Est-ce la faute des vieux qui s'accrochent ? Ou des jeunes qui n'ont pas encore compris que le pouvoir ne leur serait jamais donné, mais que, toujours, si on le veut il faut le prendre.