Sursaut à la lecture du titre d'une brève dans l'Expansion : "Orange invente le coaching par SMS".
C'est vrai, ça. On en avait besoin. Heureusement que Orange et Psychologies magazine sont là pour "inventer l'avenir" et nous "coacher" à distance, via des envois de messages hautement ciblés. Qu'on en juge par la teneur desdits messages : « Aujourd’hui, osez tout simplement dire bonjour à un inconnu », « Ce midi au restaurant, osez refusez cette table qui ne vous plaît pas »... Osons !
Sans doute n'y a-t-il pas de quoi fouetter un chat. Après tout, c'est un petit jeu qui peut être amusant, je suppose - même si je trouve personnellement pathétique de répondre aux injonctions automatisés de son téléphone. Mais la suite vaut son pesant de cacahuètes. Comment ce "service" a-t-il été baptisé par ses concepteurs ? "Service d'accompagnement personnalisé du changement individuel". Oui, oui, vous avez bien lu. Le changement individuel, rien que ça. C'est simple comme un coup de fil. Même pas besoin d'un humain au bout. Une machine devrait suffire.
Il arrive que l'on atteigne un tel degré de fausseté dans l'utilisation des mots, sous couvert de "marketing", que l'emploi même de cette langue pervertie signe une forme spectaculaire de mépris pour la personne. Il y a quelque chose de totalitaire dans l'utilisation de ces termes : "Service d'accompagnement personnalisé du changement individuel", pour désigner ce qui n'est pas un service, n'est évidemment pas personnalisé, et représente la négation même de ce qu'est une relation humaine.
Ce petit fait est symptomatique de la "montée de l'insignifiance" qu'analysait Castoriadis. Je songe à une lecture de jeunesse, le prophétique 1984, d'Orwell. La novlangue est là. Nous baignons dedans. Notre confrontation quotidienne à ce flot subtil et envahissant impose plus que jamais la vigilance, l'exercice d'une liberté de penser et d'une créativité que l'on peut justement rencontrer dans un travail de réflexion accompagné. Mais jamais dans les entrailles d'un téléphone portable.
