Peut-être les lecteurs de ma génération se souviendront-ils de la série télévisée Kung-Fu et de son générique d'anthologie (voir la video ci-dessous)?
Repensant à quelques influences, maîtres et modèles de l'enfance, je me suis rappelé les longues veille que je m'imposais pour ne manquer aucun épisode de cette série qui met en scène un ancien moine Shaolin, Kwai Chang Caine, incarné par David Caraddine, qui sillonne à pied le Far-west américain. Qu'avait de si passionnant ce personnage au visage impassible ? Avec le recul (et un peu de psychanalyse sauvage) je pourrais dire qu'il était la figure du coach !
Je vous rappelle le pitch. Caine est un de ces réprouvés, victimes de complots ou d'erreurs judiciaires qui peuplent les séries américaines paranoïaques des années 70 (voir le Fugitif, etc). Exilé, il a cette particularité d'avoir été élevé dans un monastère bouddhiste, où lui a été transmis l'enseignement de ses maîtres – maîtrise de soi, non-violence, compassion. De fréquents flash-backs, qui ont fait le succès de la série, rappellent les expériences qui ont forgé le caractère de « Petit Scarabée », sa philosophie de la vie.
Au long de son errance à travers l'Amérique profonde, en butte au racisme des rednecks et à la méfiance suscité par sa condition de Chinois errant, il est sans cesse confronté à la violence, mais n'y répond que contraint et forcé. Cependant - et c'est ici que je voulais en venir, le coach ne pratiquant d'autre art martial que celui des mots - c'est bien la relation d'aide qui est au cœur de cette histoire. Car le héros humble, quasi mutique, est un agent du changement. On commence par le mépriser avant de découvrir un maître de sagesse. Maître paradoxal, à la fois rompu aux techniques de combat et adepte de la non-violence, démuni mais riche "à l'intérieur", vagabond et cependant mieux ancré que ceux qu'il rencontre, et qu'il aide à se recentrer par l'exemple d'une affirmation de soi tranquille, sans rivalité, jalousie, ni cupidité. Il ne prodigue que de rares conseils, pour inciter toujours à une modération dans laquelle on reconnaîtra sans doute la Voie du Milieu - telle que l'interprètent en tout cas les scénaristes de la série. Sa tache accomplie, fidèle aux codes du western (nous sommes à Hollywood, tout de même) il s'éloigne dans le soleil couchant.
C'est lui, en somme, qui gère la relation en adoptant ce que l'on adopte en jargon technique une "position basse". Il tire son pouvoir bénéfique de son altérité (chinois, porteur d'une autre culture, homme de passage) et du fait qu'il intervient d'une manière ponctuelle (comme le coach tire son efficacité de se situer hors du système de son client). Voilà donc une possible allégorie (héroïque, je le concède!) du « coach ». Un coach qui ne serait pas un conseilleur ni un entraîneur obsédé par la performance, mais un agent de transformation, un révélateur de ressources, un catalyseur. J'y reviendrai.