J'ai eu ce soir un intéressant échange avec une journaliste du groupe L'Etudiant, sur le thème du premier conflit .
Pourquoi le mot conflit, plutot que difficultés d'ajustement ?
J'ai d'abord interrogé le choix du terme conflit, car qu'est-ce qu'un conflit quand on est jeune salarié? Nommons nous conflit la moindre difficulté d'ajustement mutuel entre une entreprise (ou un manager ou une équipe) et le jeune salarié, entré dans son premier emploi depuis quelques mois seulement? Et ne risquons-nous pas d'étiqueter ainsi ou d'encourager a étiqueter ainsi des mécanismes banaux d'ajustement sains et inévitables?
L'inévitable et l'évitable:
Ces ajustements inévitables proviennent principalement de l'écart culturel potentiel entre le jeune salarié et son milieu d'accueil, cumulé avec l'immaturité normale des compétences relationnelles du jeune. Ils donneront lieu a conflit ou pas selon la magnitude de l'écart culturel et selon la solidité des compétences relationnelles des personnes en présence (les compétences relationnelles du jeune salarié, mais aussi celles de son manager et de ses collègues, bien entendu).
Les situations potentiellement conflictuelles
Elles sont de deux variétés :
- le jeune salarié commet des maladresses vis à vis de la culture de l'entreprise (exemples : codes de comportements au travail, horaires, manière de s'adresser aux supérieurs hiérarchiques, manières de manifester son engagement, etc...)
ces maladresses peuvent s'accumuler au point de provoquer la colère ou le rejet.
- le jeune salarié manque de solidité et laisse les aspects les plus durs de l'entreprise abuser de la situation (exemples : dévalorisation de son statut de débutant, exigences horaires excessives, intrusions dans le temps privé, etc...) une fois le mode de fonctionnement installé, il devient difficile de protester.
Note : je ne suis pas en train de dire que ce sont les seules sources de conflit, mais que ce sont à mon avis les plus probables en situation de "jeune salarié".
Les compétences relationnelles
Elles manquent souvent au jeune salarié, à moins qu'il ait eu une vie associative ou des engagements dans des groupes et équipes, terrains d'expérimentation des conflits.
- savoir repérer que quelque chose ne va pas dans la relation "je me sens mis à distance, je vois qu'il tourne les yeux aux ciel quand je parle, je fatigue à cause de la complexité de ce qu'on me demande ...."
- savoir nommer ce qui ne va pas, avec des mots spécifiques sans jugement ni interprétation, et sans se victimiser
* donner des faits indiscutables quand on parle des autres "hier dans ce bureau tu as eu une expression dure à mon égard: xxxxxxx , t'en souviens-tu ? "
* donner des informations précises quand on parle de soi-même "cette expression a un effet violent chez moi, elle me fait sortir de mes gonds, je l'entends comme une insulte"
- savoir reconnaitre sa propre part dans la difficulté d'ajustement et ne pas tout mettre sur le compte des autres "en effet, je suis très direct et spontané, même avec des supérieurs hiérarchiques" "oui, j'ai pris la mauvaise habitude d'emporter du travail à la maison le week-end et de rendre le lundi matin ce qu'on m'a demandé le vendredi soir"
- savoir nommer ses limites et vérifier qu'elles sont entendues "voici le total de mes heures au delà des heures légales, et ça ne me convient pas"
- savoir demander le cas échéant, qu'il s'agisse de reconnaissance, d'excuses, de compensation. Demander est différent d'"attendre". Demander suppose qu'on formule réellement la demande "je souhaite récupérer mes heures" "j'ai besoin de savoir ce qui ne vous convient pas dans ma manière de contribuer à cette équipe". Demander suppose aussi qu'on soit prêt à ne pas obtenir ce que l'on demande, car sinon il s'agit d'une exigence. Or, un jeune salarié est rarement en position de pouvoir exiger.
Les compétences émotionnelles :
J'ai un préjugé défavorable vis à vis de l'expression "gérer ses émotions" je ne pense pas qu'on puisse faire ça. Les émotions surgissent de manière incontrôlée et on peut juste tenter d'en faire quelque chose d'utile, sur le moment ou plus tard. Les compétences émotionnelles se déclinent plus ou moins de la manière suivante
- savoir sentir qu'une émotion est là (chez nous, ou chez l'autre)
- savoir l'identifier parmi les émotions de base ou un composé
- savoir la nommer à chaud ou à froid "je suis inquiet" , "j'étais vraiment en colère"
- savoir se procurer la réponse appropriée, ce qui fait appel aux compétences relationnelles. A ce sujet on peut lire ma note sur les émotions professionnelles.
Une aide extérieure ?
Pour y voir plus clair lorsqu'une situation se dégrade, ne pas hésiter à en parler, en choisissant un interlocuteur sans enjeu dans l'affaire: ni de l'entreprise, ni de la famille, donc un ami serein ou un coach. Avec une demande de type "aide moi à y voir plus clair, sans prendre parti".



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