Le terme "réorganisation" est souvent un peu inquiétant pour les équipes concernées, à juste titre car même bienveillante, bien conçue et bien orchestrée dans le temps, elle implique des changements pour les personnes, dont seulement une partie pourrait éventuellement être plaisante.
Comment se décide une réorganisation ? Y a-t'il une manière plus légitime que d'autres de décider qu'une réorganisation est nécessaire ? Il s'agit indirectement d'une question d'autorité, car la décision de réorganisation sera suivie sans affrontement et sans sur-justification si elle a été prise par une autorité reconnue.
Je pense utile de préciser dès maintenant que "sans affrontement et sans sur-justification" ne veut pas dire sans inquiétude, sans question, sans négociation, sans regret, sans râlerie ponctuelle.... tout ceci sera présent à doses variables, quelle que soit la légitimité de l'autorité décisionnaire.
J'ai repéré quatre "autorités" possibles pour décider d'une réorganisation :
- l'autorité de l'expert : un consultant (ou une équipe de consultants) étudie la situation, les besoins, les problèmes de l'organisation actuelle et formule une série de recommandations, souvent issues d'expériences antérieures, d'autres entreprises ou institutions semblables .... ou des livres.
- l'autorité du management : les dirigeants et le management intermédiaire se concertent pour évaluer la situation et imaginer comment l'améliorer. Ils choisissent des pistes d'évolution (moins précises que les consultants et moins détaillées) souvent nourries de leurs expériences passées et de leurs intuitions assemblées.
- l'autorité des travailleurs : les travailleurs se concertent pour imaginer une meilleure organisation de leur travail et formulent directement ou par l'action syndicale des souhaits de changement, souvent issus de leur observation fine de la réalité du terrain, des pertes et inefficacités tangibles pour eux.
- l'autorité du client, du bénéficiaire, du terrain, du marché, de l'environnement: par exemple, les destinataires des services ou produits proposés par l'entreprise ou l'institution changent, ou se changent, et sollicitent une réorganisation, pour correspondre à leurs nouveaux besoins. Ou bien l'environnement administratif change, ou encore la technologie.
Aucune de ces quatre "autorités" n'est intrinsèquement plus légitime qu'une autre pour initier un changement d'organisation.
Le rapport d'expert présente l'avantage d'un regard extérieur et l'inconvénient d'une appropriation faible par les parties prenantes (en fait, le travail d'appropriation reste à faire après l'émission du rapport, ce qui conduit à étirer les délais)
Le projet du management présente l'avantage de prendre en compte la situation dans toute sa complexité humaine, technique, historique, avec un petit risque de sensibilité aux "préférences" des managers, par manque de recul.
Le projet des travailleurs présente l'avantage d'être le plus facile à faire passer dans le concret, et l'inconvénient de manquer parfois de hauteur.
le projet des "clients" présente l'avantage d'être indiscutable, puisqu'ils sont la raison d'être de la structure, et l'inconvénient d'être parfois dispersés ou contradictoires, sauf en cas de "client" unique. On ne voit pas souvent les clients s'assembler pour demander des changement à un prestataire commun, mais cela arrive de temps en temps.
Idéalement, un mix de deux ou trois autorités initiatrices devrait pouvoir conduire à une réorganisation saine. J’entends par là : utile, réaliste, porteuse de potentiel pour l'avenir, et respectueuse des personnes.



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