Avez vous remarqué que dans certains cas, les expressions "c'est pas grave", ou "c'est plus simple comme ça" sont particulièrement agaçantes ?
Je propose de décoder ici ce qui provoque l'agacement...
C'est pas grave !
Cette expression relativise explicitement les conséquence d'un incident. Faisons l'hypothèse que l'incident n'a réellement pas de conséquence dramatique (une évaluation dépourvue de méconnaissance sur l'importance du problème)
Ce n'est pas agaçant si c'est dit par celui qui a subit le petit dommage ... qui libère en cela l'auteur de l'incident d'une culpabilité éventuellement exagérée.
C'est agaçant quand c'est dit par l'auteur même de la bourde, parce que ça remplace un petit mot d'excuses "excuse-moi, j'ai fait une bourde", "oops, autant pour moi ! " dont celui qui subit lesdits effets mineurs aurait bien besoin pour ne pas coller un timbre .
En effet, il est très difficile de réagir au "c'est pas grave" de l'auteur de l'incident sans amorcer une escalade. Car celui qui dit "c'est pas grave" alors qu'il est responsable du problème, attend en fait symbiotiquement que la victime de la bourde lui confirme qu'en effet, c'est pas grave.
Si au lieu de dire "c'est pas grave", l'auteur du loupé demandait / vérifiait : "c'est pas trop grave pour toi ?" , il obtiendrai sans retenue la confirmation demandée, au lieu d'un agacement en face.
Options de réponse :
- et ben peut-être que c'est pas grave, mais c'est à moi de le dire, tu ne crois pas ?
- d'accord, c'est pas grave .... si tu t'excuses un brin !
C'est plus simple comme ça !
Cette expression affirme la moindre complexité de l'option finalement choisie, par rapport à d'autres envisagées.
Ce n'est pas agaçant lorsque celui qui bénéficie de la réduction de la complexité le dit, en se reconnaissant bénéficiaire : "c'est plus simple pour moi si on fait comme ça". En ce sens, il confirme l'effet bénéfique pour lui de l'option choisie, et ne préjuge pas d'une simplicité pour l'autre.
Or, bien souvent, la réduction de la complexité pour l'un se traduit par une augmentation de la complexité pour l'autre !
Ce n'est pas agaçant non plus quand il s'agit d'un déplacement légitime de la complexité : du client vers le fournisseur, du novice vers l'expert, du supérieur vers le subordonné, ... et on peut répondre : je suis ravie que ça soit plus simple pour vous, c'est justement ce que nous cherchions à faire !
Et il peut aussi s'agir d'un déplacement abusif de la complexité : transmission de "patate chaude" au voisin, libérer son propre agenda au détriment de celui de l'autre et sans son accord, reporter la complexité entre deux pairs toujours du même coté, ... avec des niveaux de conscience variables. Dans ces cas-là, c'est agaçant, même si c'est pas grave non plus !
Niveau de conscience nul: ignorer réellement que la complexité se reporte sur l'autre
Niveau de conscience faible : occulter toute ou partie de l'information éclairant cet aspect (méconnaitre la complexité pour l'autre, la minimiser)
Niveau de conscience élevé : savoir que la complexité est reportée sur l'autre mais ne pas s'en soucier.
Options de réponse :
- attend un instant, là... c'est plus simple pour qui ?
- hep, pas d'accord, c'est plus compliqué pour moi !
- je vois bien que c'est plus simple pour toi , mais vois-tu que ça devient plus compliqué pour moi ?
n'hésitez pas, si vous avez d'autres options de réponse, à enrichir la collection.



Pour une exploration de toutes ces expressions, voir Pascal Baudry et son livre "Mais bon!" http://www.pbaudry.com/
Rédigé par : swimmer21 | 07 avril 2009 à 10:42
Merci pour la recommandation !
Ce livre semble amusant, même s'il traite d'un propos un peu différent: les travers de langage propres aux français.
Rédigé par : Isabelle Harlé | 07 avril 2009 à 19:09
Chère madame,
C'est un petit mot de remerciement... Faisant "c'est pas grave" sur google, je suis tombé sur votre blog et je suis ravi.
Je hais cette expression! La raison est ce que j'ai vu chez mes petits enfants: l'appropriation de cette expression de parents qui voulaient soit minimiser leur propre faute/maladresse, soit minimiser celle de l'enfant lorsqu'il est visiblement innocent, par l'enfant utilisant l'expression dans le but de calmer ses parents mécontents de lui. Or cette expression n'a aucun sens.
Je viens de faire une expérience; j'ai demandé autour de moi ce que cela voulait dire: ce n'est pas grave...J'ai eu une réponse unanime, de gens très différents mais pour une fois tous d'accord: ça dépend du contexte! Ce qui me confirme dans mon idée que l'expression en elle-même ne veut rien dire;
Saut que...Si on me disait: ce n'est pas grave, je fuirais. Ce pourrait être l'apocalypse!
Ce qui me rappelle Alexandre Dumas dans le Vicomte de Bragelonne, suite des Trois Mousquetaires:
"si on vous disait - tout est trahi- que feriez-vous ?
Je fuirai. Cela pourrait être vrai!"
je ne garanti pas les mots, je n'ai pas vérifié, mais c'est bien le sens...
Très amicalement vôtre
Bertrand Halff
Rédigé par : Bertrand HALLF | 01 avril 2011 à 14:09
Je viens de poser la question à mon fidèle épicier marocain.
-Si quelqu'un vous dit " c'est pas grave", qu'est-ce que vous pensez?
-C'est que c'est très grave pour lui. Il s'est fait très mal!
Je vous laisse le soin de mettre ces remarques dans les commentaires si et comme vous le jugez bon, vous ferez ça beaucoup mieux que moi.
Et vous pouvez mettre mon nom, je n'ai pas honte!
Bien amicalement
Bertrand
Rédigé par : Bertrand HALLF | 01 avril 2011 à 14:11