Cinq membres d’une nouvelle équipe, ils ont chacun une trajectoire dans l’entreprise de 4 à 10 ans, mais n’ont jamais vraiment travaillé ensemble, jusqu’à hier. Equipe de direction d'un nouvel établissement de l'entreprise, qu'ils vont ouvrir dans deux mois. Ils vont commencer ce projet sur le terrain lundi prochain, c’est vraiment le moment de la création de l’équipe.
Hier ils ont fait connaissance, travaillé sur leurs objectifs, leurs valeurs, leur projet, toutes sortes de choses dont il est bon de parler, entre coéquipiers, avant de se lancer dans une aventure collective. Les valeurs identifiées sont : respect, solidarité, exigence, franchise, exemplarité.
Je les ai rencontrés hier soir, pour un très court briefing, au cours duquel nous avons évoqué la météo (féroce), la sécurité et ses conditions (un skipper pro + un coach marin à bord), les permissions larges (embarquer ou pas, s’attacher ou pas, se comporter au naturel, penser à soi-même et à l’équipe).
Ce matin, il y a 30 nœuds de vent, grand soleil, et je découvre que la grand-voile n’a que deux ris, deux échelons de réduction de surface, alors que j’allais demander au skipper d’installer le troisième. Zut.
Cet après-midi, il y a 35 nœuds de vent, toujours autant de soleil, et l’équipe sort largement de la baie, à la rencontre des grandes vagues, des paquets de mer. A la barre à roue, une novice totale du matin même, qui, déjà, barre aux sensations dans le vent et la vague, faute de repère terrestre à viser. Chapeau.
Entretemps, l’un des équipiers choisit de rester à terre pour garder son teint rose tout l’après-midi, respectueux en cela, à la fois de lui-même et de l’équipe (je ne vais pas vous empêcher de vous éclater) et respecté, en cela, profondément, par chaque membre de l’équipe, voire apprécié pour cela. Joli.
Entretemps, quelques heureux parallèles sont faits entre cette navigation, qui est largement nouvelle pour chacun, et leur ouverture d'établissement, qui est un démarrage, aussi un saut dans l’inconnu. Je voudrais voir comment on se comporte face à l’inconnu, a demandé le leader au moment de l’expression des attentes, avant le premier appareillage. J’ai été servi, dit-il à la fin, lors du débriefing final.
Ils prennent, sous mes questions, le temps de parcourir l’horizon des « personnes-ressources », hors de l’équipe, expérimentées dans ce type de projet. Personnes-ressources qui seront attentives à leur sécurité et disponibles à leurs questions, pendant leur aventure, comme le skipper et le coach l’ont été pendant la navigation. En effet, il leur a fallu une petite once d’inconscience, ce jour-là, pour prendre la mer et prendre tant de plaisir dans les manœuvres, et si cette once d’inconscience leur permet de ne pas voir de trop près les risques dans leur aventure, à venir, autant s’assurer que d’autres veillent au grain… Protection.
Il tirent collectivement un autre enseignement issu directement de leur expérience : même ceux qui semblent aller bien méritent attention, surtout quand on ne connaît pas encore les gens, quand on ne connaît pas les signaux de malaise, de surcharge ou de démotivation propres à chacun. Pertinent.
Alors oui, ils ont fait connaissance, et ils ont vu et nommé chez l’une sa capacité à se dépasser, chez l’autre, sa promptitude à aider, chez un troisième sa vitesse d’apprentissage, chez le leader, son style de leadership participatif apprécié, etc… autant de repères indubitablement solides, car on ne peut pas faire semblant sur un bateau, tellement c’est complexe et réel, surtout dans ces conditions-là. Imago en cours de différentiation accélérée (voir fiche AT).
Ils ont commencé à voir les formes concrètes que pourront prendre leurs valeurs, en particulier la solidarité, le respect et l’exemplarité (montrer le soin de l’individu ET du collectif). En observateur, j’ai commencé à voir ce que pourrait donner dans cette équipe l’exigence (à travers leur niveau d’attention et d’engagement à la manœuvre et au débriefing). Il leur restera à explorer les modalités de la franchise, lorsqu’ils auront un peu d’histoire.
Et au stade de démarrage d’équipe où ils en sont, c’est déjà beaucoup. Le format d’une seule journée de navigation était suffisant, même s’il fait peser plus lourd le risque météo.
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Notes techniques :
- sur le format en une seule journée : Une autre formule, pour une équipe en phase de fondation, pourrait être de faire naviguer l’équipe avant la journée de travail en salle. Pour que ce travail-là soit alimenté par le vécu de la navigation, pour avoir un premier vécu réel d’équipe avant de réfléchir au projet et aux valeurs.
- sur le bateau : 37 pieds suggéré par le loueur me semblait un peu gros pour une équipe de petite taille, mais la barre d’écoute sur le roof et les renvois de commandes au cockpit, se sont révélés particulièrement précieux pour une navigation par si gros temps.
- sur le plan d'eau : la baie de Bandol est orientée sud ouest, ce qui, avec le mistral nord-ouest, laissait une zone suffisante protégée de la mer à défaut d'être protégée du vent.



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