...toute une gamme de regards sur un problème
Audit, diagnostic, analyse de situation, état des lieux, hypothèse, …
Derrière ces mots, toute une gamme de représentations de départ lorsqu’un problème est considéré comme suffisamment complexe pour avoir besoin de partir de quelque chose lorsqu’on entreprend de le résoudre.
Dans cette gamme, il y a :
- différents angles d’approche de la complexité (centré sur les éléments du problème, ou plutôt sur leurs liens),
- différents niveaux de finition (global ou détaillé),
- différentes profondeurs de champ (sélectif ou plutôt à plat sans préjuger de l’importance de tel ou tel élément),
- la prise en compte consciente ou non de son rôle (on s’inclue dans le système ou on l’observe de l’extérieur),
- des partis pris proches de l’observation (décrire), de l’évaluation (apprécier), de l’interprétation (expliquer) ou de l’action (intervenir).
Selon l’approche, l’action n’est pas engagée de la même façon et le processus d’intervention n’a pas le même impact. On gagne dans tous les cas à prendre conscience de la nature de notre représentation de départ et de ce qu’on va en faire, car cette représentation est un filtre.
Zoom sur l’hypothèse, la plus courante d’entre elles pour résoudre des problèmes, cependant pas toujours consciente.
L’hypothèse
Elle relie des observations à un premier niveau d’interprétation, voire d’explication, formé comme une hypothèse, c’est à dire une des possibilités parmi d’autres d’interpréter ou d’expliquer le problème. L’action déclenchée ensuite sur la base de cette hypothèse la confirme ou non.
« Cela fait 2 fois que je me prends une sale diatribe de mon directeur cette semaine »
Hypothèse 1 : « Il m’en veut de ne pas avoir été plus disponible pour le lancement du nouveau produit».
Hypothèse 2 : « Il vit diverses perturbations en ce moment ».
Hypothèse 3 : « Je suis particulièrement mal dans mon job en ce moment, exceptionnellement sensible à ce qui vient de mon directeur ».
L’expérience montre que pour résoudre les problèmes de relation, être conscient de l’hypothèse à partir de laquelle on engage la suite a plus de valeur que la solidité de l’hypothèse elle-même.
5 intérêts à partir d’une hypothèse en s’engageant dans la résolution d’un problème
1 . Elle ne requiert pas un niveau de finition soigné.
Pour aider, l’hypothèse demande à être franche et consciente : « je vais participer à la réunion en faisant l’hypothèse que mon chef vit de multiples perturbations en ce moment qui ne tiennent pas spécifiquement à moi ». Pas besoin de plus de détail sur ces diverses perturbations.
2 . Elle mobilise nos intuitions.
L’hypothèse est formée à partir d’informations multiples: faits observés, opinions, émotions, créativité, principes ou valeurs de vie. Point de départ, l’hypothèse n’est pas démontrée à priori de façon rationnelle. Elle se vérifie ou non à posteriori, dans l’expérience. « Ce n’est pas sûr : avant le début de la réunion, je demanderai à Sylvie et Fred s’ils ont détecté une humeur exceptionnellement mauvaise du patron ».
3 . L’hypothèse n’est pas exclusive.
Elle prédispose un regard ouvert sur d’autres possibles, d’autres éléments à la source du problème que l’on aurait minimisés ou ignorés. « Dès le début de réunion, je réalise qu’il doit partir ce soir à Zurich présenter le produit et que ce n’était pas prévu ».
4 . L’hypothèse est économe.
Elle se passe d’expertise et consomme peu de ressources pour être formée, à la différence d’un diagnostic ou d’un analyse qui requièrent de la justesse. Elle est une représentation de départ pour avancer. Avant d’agir, on cherche plutôt à apprécier les effets qu’aura une action fondée sur une telle hypothèse. « Y a t-il un risque de réaction défavorable de mes collègues ou du patron si je le considère avec une exceptionnelle bienveillance au cours de la réunion ? »
5 . L’hypothèse est centrée sur l’action consciente, à l’intérieur d’un processus résolutoire.
Paradoxe : face à une hypothèse, ne rien faire ou attendre sont des options d’action consciente. Accepter de choisir une première option à partir d’une simple hypothèse limite alors l’agitation, la dispersion ou toute autre forme de passivité devant le problème.
Décider d’agir sur la base d’une simple hypothèse consciente nous évite de la confusion lorsque nous sommes face à des signaux contradictoires, nous porte plus à résoudre le problème qu’à avoir raison.
3 pièges courants de l’action fondée sur une simple hypothèse.
Confondre hypothèse et diagnostic.
Avancer avec une hypothèse consciente en la prenant pour un diagnostic assuré de la situation, une vérité à démontrer absolument : ce filtre nous prive alors de ressources d’écoute, d’observation et sensations pour résoudre le problème. Risque de chercher à confirmer ses croyances et préjugés plutôt que d’enrichir et clarifier sa représentation pour résoudre le problème. Pire cela peut le renforcer.
Mêler des hypothèses contradictoires
OK pour plusieurs hypothèses, à conditions qu’elles ne me dispersent pas par leurs contradictions. L’hypothèse « La présence de Pascal, l’évaluateur, rend l’équipe inefficace» s’oppose à « Sans Pascal en réunion, l’équipe serait encore moins efficace ».
Négliger les effets de l’action fondée sur une hypothèse
Enfin, un des pièges est de prendre à la légère l’effet qu’aura notre action avec une telle représentation. Si mon directeur voit que je le considère avec des problèmes multiples en ce moment, quelle sera sa réaction s’il a vraiment un grief contre moi ?
Si je considère mon directeur en me culpabilisant de ne pas l’avoir soutenu, quel effet cela aura t-il sur mes relations avec lui et dans l’équipe ?
Lorsque nous agissons sans faire d’hypothèse consciente…
Face à des problèmes ou les processus humains ont une part importante, nos réactions sont fondées sur une représentation de la situation sans être toujours conscient qu’il s’agit d’une des possibles, à partir de laquelle je suis en train de réagir.
Considérer notre représentation de départ du problème comme une simple hypothèse qui sera confirmée ou non par l’expérience est un bon moyen de se centrer sur la résolution en réagissant en fonction de ce qui se passe.



Commentaires