Situation : imaginez la scène suivante, comme une scène habituelle, indésirable, et dans laquelle vous vous sentez un peu piégé(e), par vous-même et par l'autre.
Sur une initiative inocente que vous venez de prendre et à propos de laquelle vous allez informer votre supérieur, celui-ci vous coupe la parole sans vous laisser finir et commente agressivement votre initiative et vos intentions. Vous vous sentez déstabilisé(e) et ressentez une forte impulsion de vous justifier, en expliquant les faits qui vous ont amené(e) à prendre cette initiative, mais vous savez que cette justification ne fera que reonforcer le système relationnel dans lequel vous êtes avec votre chef, depuis des mois: il s'autorise une agressivité que vous ne comprenez pas, et vous résistez, sur la défensive, sans parvenir à lui "faire comprendre".
Cette situation vous parle ? Il existe des relations supérieur/subordonné de ce type ? ...
Voici la liste des options que A, confrontée en réalité à cette situation, a inventoriées pour remplacer la justification inutile.
ALTERNATIVES À "SE JUSTIFIER QUAND ON N'A RIEN FAIT DE RÉPRÉHENSIBLE MAIS QU'ON SE FAIT AGRESSER TOUT DE MÊME"
les options douces:
- "j'aimerai qu'on se parle entre professionnels, sans crier"
- "tu veux bien me parler plus doucement ? " (ton mesuré)
- "pourquoi est-ce que tu t'énerve?"
- "en quoi ce que j'ai fait pose problème?"
- "je ne comprend pas"
- "veux-tu savoir pourquoi j'ai fait ça?"
- "j'entends bien que ça ne te plait pas"
- "je vois que tu n'es pas content"
les options plus confrontantes
- "y'a un problème, là"
- "est-ce que tu veux bien me parler autrement" (ton ferme)
- se taire en regardant au sol, ou un dossier (sans mimique particulière)
- sortir doucement
- "y'a pas de quoi s'énerver"
- "tiens, quelle réaction non cartésienne, qu'est-ce qui se passe?"
- "quand tu me parles comme ça, je n'ai qu'une envie, c'est de te tenir tète"
les options subversives
- "je en vais quand même pas me justifier pour ça!"
- se taire en regardant dans les yeux
- se taire avec mimique de désintérêt total
- sortir en claquant la porte
- "je reviens dans deux minutes, quand tu seras calmé"
- "c'est toi qui t'énerves, et après, tu iras encore dire que c'est moi qui ai un problème de communication"
- "quand on crie pour une broutille, et qu'on fait ça régulièrement, je crois bien que ça s'approche du harcellement moral"
- "je peux t'enregistrer ?" (avec un dictaphone à la main)
PRECAUTIONS
Certaines de ces options peuvent conduire à une amélioration de la relation, certaines au contraire peuvent conduire à une dégradation de la relation. Toutes visent à faire cesser l'agressivité rapidement, sans passer pas l'étape qui consisterait à faire comprendre à l'autre. Il appartient à l'utilisateur des options de vérifier quel est son objectif à long terme avec le supérieur concerné, et avec l'environnement (le n+2, l'entreprise).
Mais imaginons deux minutes que vous avez décidé de quitter cette entreprise et vous avez juste besoin que l'agressivité cesse dès que possible, pour vous libérer de l'énergie pour votre recherche, alors toutes les options sont utilisables.
VARIANTES
Bien évidemment, le ton peut varier, d'un ton souple faussement docile à un ton sec , en passant par la version clown ou carément impertinente.
ET VOUS ?
Et vous, que faites vous ou que feriez-vous dans ce cas ?



J'en ai quelques-unes, genre tirade de Cyrano :
- Agressif : « Je peux savoir ce qui vous met dans cet état ? »
- Ironique : « Eh ben dites-moi, c'est pas votre jour. Déjà que votre (cravate ou tout autre détail vestimentaire ou physique) est en bataille... »
- Faux-sourd : « Pardon ? J'ai pas compris... » (je l'ai testé, ça marche pas mal. Car il faut que le personne se remette en colère...)
- Conciliant et souriant : « Très bien, je vais aller faire part de votre position sur le sujet à mes collaborateurs ».
etc.
Rédigé par : Do Espirito | 05 février 2007 à 19:19
Intéressant florilège!
Il me semble que ce genre de situation, avec toutes ses variantes, est assez courante.
Dans la plupart des cas, on peut les faire cesser - à condition d'être suffisamment confiant pour confronter ce genre de comportements et de ne rien laisser passer d'irrespectueux dans la relation sans réaction appropriée.
Rédigé par : Marc Traverson | 17 février 2007 à 14:58
Ce n'est pas simple a utiliser. Comme d'autres dans ma societe, j'ai du faire face a plusieurs reprises aux aboiements de la femme de mon boss. Elle n'hesite pas a aboyer sur des boucs-emissaires quand elle aurait du, en tant que commerciale, anticiper certaines interrogations posees par des partenaires qui finissent par me poser les questions auxquelles je reponds alors que "je n'aurais pas du". J'ai beau me justifier, elle ne veut evidemment rien entendre, cela lui evite de se remettre en question. Pourtant, elle est mise au courant de ces interrogations qui peuvent vite se transformer en problematiques s'il n'y a aucune reponse donnee. Au final, nous serons prochainement licencies economiques, et vis a vis de son mari que j'apprecie et avec qui j'ai l'opportunite de travailler sur de nouveaux projets, je reste hesitant car elle y sera egalement impliquee. Je devine que nos rapports ne vont pas s'ameliorer de sitot. Or, son mari devrait "choisir" de prendre le parti de l'un ou de l'autre. Vous imaginez le tableau ?
Rédigé par : Philippe | 24 février 2007 à 17:03
Philippe, bonjour, petites réactions impertinentes à votre témoignage ... vous permettez ?
1°) ce n'est pas simple.... certes ! est-ce qu'on aurait besoin d'aide et d'inventorier des options en grand nombre si c'était simple ? et plus spécifiquement, qu'est-ce qui n'est pas simple, pour vous, dans ce qui est proposé ici ?
2°) les options identifiées par A peuvent ne pas vous convenir, l'idée est que vous pouvez vous inspirer de cette gamme pour en batir une qui vous convienne et soit adaptée à votre situation spécifique
3°) vous dites "j'ai beau me justifier" .... et bien justement, l'idée suggérée ici est de cesser de se justifier et de faire AUTRE CHOSE. Il semble que votre cas a ceci de commun avec celui d'A, se justifier encore et encore ne fait pas évoluer la situation.
4°) imaginer le tableau avec vous ne vous aiderait pas à grand chose. en revanche, vous encourager à la prudence avant de prendre ce nouvel engagement avec l'époux, oui !
5°) tant que vous verrez la situation comme étant une question, pour l'époux, de "choisir" entre vous et son épouse, vous risquez fort de renforcer le système au lieu d'en sortir.... le lien familial ou patrimonial est généralement prioritaire sur le lien contractuel dans l'arbitrage des loyautés.
6°) questions impertinentes pour vous :
- combien de réactions différentes les unes des autres avez-vous déjà testées ? (réellement)
- désirez-vous vraiment que la situation s'améliore ?
- si oui, acceptez-vous l'idée que vous n'avez pas de contrôle sur les pensées et comportements de cette personne, mais seulement sur les votres, et que c'est à travers une modification de votre attitude que vous pouvez espérer stimuler une modification de la sienne ?
bon courage
isabelle
Rédigé par : isabelle Harlé | 24 février 2007 à 17:27