Question posée hier matin par Frédéric Mélot, journaliste à Edimétiers, pour l'édition nationale du Monde des Artisans : c'est quoi les basiques du recrutement de collaborateur, dans les TPE ?
On parle donc ici de patrons avec une expérience limitée, voire nulle, du recrûtement, pas de DRH, un emploi du temps chargé, et des enjeux considérables pour le recrûteur...
Voici ce que Frédéric a choisi de retenir de cette courte interview téléphonique.
Coach de professionnels, consultante associée de la société de conseil en management acteüs, Isabelle Harlé estime qu’un entretien d’embauche réussi est celui vous fournira assez d'informations pour décider si vous allez ou non envisager une période d’essai.
Le Monde des Artisans – Un bon entretien d’embauche, c’est quoi ?
Isabelle Harlé –
L’entretien est réussi quand la récolte d’informations est suffisante pour envisager de proposer une période d’essai. Cela implique bien sûr un travail de préparation en amont. Et notamment de se poser des questions clefs.
LMA – Quelles sont-elles ?
Isabelle Harlé –
Celle de sa posture par exemple. Ce moment d'échange sera pollué si on l'aborde comme une corvée ou un jeu gagnant/perdant et sera mieux préservé si on l'aborde comme un moment fondamentalement utile pour l'activité. Autre exemple de question-clef en préparation: définir les besoins dans la dimension technique et la dimension relationnelle du poste offert. Le plan technique dépendra du métier, mais le piège c'est de s'arrèter là dans sa préparation et de zapper le fait qu'intégrer un nouveau collaborateur dans une petite structure va modifier les équilibres relationnels. Ces aspects relationnels, ils peuvent porter sur des thèmes comme l’autonomie : le bon candidat devra-t-il avoir un profil d’entrepreneur, d’apporteur d’idées, ou devra-t-il obéir ?
LMA – A ce titre, l’entretien sera un précieux révélateur. Pensez-vous qu’il y en ait un déroulement-type ?
Isabelle Harlé –
L’entretien revêt un enjeu de taille pour le recrûteur et pour le candidat. Donc s’assurer qu'on lui consacre une vraie fenêtre de temps sans perturbations extérieures, dans laquelle un vrai échange va pouvoir avoir lieu. Pour moi, un entretien resté trop « mécanique » n’est pas suffisant pour révéler les informations dont on a besoin. Par contre, quand une relation d'échange au delà du terrain pré-balisé réussit à s’instaurer, le pronostic est bon pour la suite. Déroulement type ? Pas vraiment ! Mais le recrûteur choisit lui-même et annonce dès le début le déroulement de l'entretien ... sauf s'il cherche un futur associé !
LMA – Il peut arriver que des candidats posent des questions embarrassantes pour le recruteur, sur leurs perspectives d’évolutions à trois ans, sur la stabilité financière de l’entreprise…
Isabelle Harlé –
Il n’y a pas de raison d’être embarrassé. Je propose de prendre ces question "embarrassantes" comme une tentative de la part du candidat de parler de ces sujets, davantage que comme une recherche de réponses "définitives". C’est la manière qu'a le candidat de, lui aussi, collecter de l'information afin de décider s'il acceptera votre éventuelle offre. Et l’on peut s’en servir pour rebondir : « vos perspectives de carrière chez nous dépendent aussi de vous. Par contre, je peux vous donner ma vision de celles de mon entreprise… ».
LMA – Après l’entretien, est-il bon de prendre d’autres avis en interne, pour limiter les risques ?
Isabelle Harlé –
Oui. Multiplier les regards permet de compenser la zone aveugle du recruteur induite par son bagage personnel. Les autres interviewers peuvent remarquer d’autres aspects importants. Mais la décision définitive doit revenir au recruteur.



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