"Le Sauvetage relationnel ne sauve personne."
Définition
Le Sauvetage relationnel au sens de l’Analyse Transactionnelle, consiste à faire pour quelqu’un quelque chose qu’il n’a pas demandé, sans vérifier que ça lui convient qu’on le fasse et sans clarifier ce qu’on en attend en retour, ni avec soi-même ni avec l’autre. Le Sauvetage relationnel se distingue du sauvetage physique par plusieurs caractéristiques : l’absence d’urgence réelle[1], une attente cachée/secrète/inconsciente de retour sous forme de reconnaissance, la répétition du comportement qui trahit un manque de prise avec la réalité, la non prise en compte des capacités de la personne Sauvée, voire la négation de ses capacités. Le Sauvetage relationnel n’aide pas réellement la personne Sauvée, et n’apporte pas au Sauveur la reconnaissance espérée. En dépit d’une possible illusion temporaire d’avoir Sauvé une situation, l’effet réel du Sauvetage récurrent est de maintenir la personne aidée dans sa difficulté et dans sa dépendance à une aide extérieure non sollicitée.
Illustrations :
Terminer une phrase à la place de quelqu’un qui hésite en milieu de phrase.
Cette attitude que nous sommes nombreux à avoir ne rend que très exceptionnellement service. La plupart du temps, elle interromps de manière inopportune la pensée de celui qui parle, et déclenche en retour de l’agacement au lieu de reconnaissance.
Faire des heures supplémentaire non payées pour tirer un collègue ou un client d’un mauvais pas, alors qu’il n’a rien demandé.
Cette attitude, si elle se prolonge ou se répète conduit au creusement d’une « dette » non choisie de la personne aidée vis-à-vis du Sauveur. La capacité niée est notamment la capacité à faire une demande ou à confirmer un accord d’être aidé, pour qu’au minimum la dette soit choisie.
Fournir à un subordonné la réponse à une question à laquelle il devrait, selon son rôle professionnel, apprendre à répondre lui-même.
Lorsqu’on a en charge le développement professionnel d’un collaborateur, une telle attitude, si elle se généralise, retarde l’apprentissage et pénalise donc l’avenir de l’équipe.
Les métiers d’aide
Les professionnel(le)s de l’aide (médical, humanitaire, psychologie, coaching, consulting, expertise) sont particulièrement exposé(e)s au risque d’adopter des comportements de Sauvetage. En effet, les rôles institués invitent les personnes aidées à la docilité, voire à la passivité et dans les cas extrêmes à une sorte d’exigence d’aide. Par ailleurs les personnes aidantes sont par définition très à l’écoute des besoins de l’autre, même exprimés de manière subliminale.
La différence entre aider vraiment et « Sauver » sans effet bénéfique à long terme n’est sensible qu’au regard très vigilant. Et dans ces métiers d’aide, personne ne souhaite se retrouver face à sa conscience après n’avoir pas aidé quelqu’un qui en avait vraiment besoin. Il est de la responsabilité de l’aidant de garder un œil attentif sur cette frontière.
Pratiques préventives ou curatives
- verbaliser le « contrat » d’aide aussi spécifiquement que possible : la demande formulée et entendue, ce qui est inclut, ce qui ne l’est pas, la responsabilité de chacun.
- avoir soi-même en tant que professionnel de l’aide des sources de reconnaissance en dehors du métier. Amis, famille, activités associatives, engagements, sport, art … afin d’avoir moins « soif de reconnaissance » face aux personnes à aider ou accompagner.
- vérification interne lorsqu’on hésite à aider ou à aider au-delà de ce qui était prévu : suis-je compétent ? suis-je mandaté ? ai-je envie ? demande formulée ? contrepartie convenue ?
- vérifier (avant l’intervention) si une aide est souhaitée, et s’abstenir si la réponse n’est pas assez nette. A la question « voulez vous un coup de main ? », une réponse du type « si vous voulez » n’est pas une acceptation claire puisqu’elle met le désir du coté de l’aidant. Une réponse du type « je veux bien, oui », est claire.
- vérifier (après une intervention non sollicitée) si l’aide fournie a convenu, et présenter ses excuses dans le cas contraire. Des excuses bien formulées peuvent effacer la dette du coté du Sauveur et l’agacement du coté du Sauvé. « oops, j’aurais du m’abstenir, excusez moi ».
- reformuler un contrat pour permettre l’intervention. « voulez-vous qu’on rajoute quelques heures à mon forfait d’intervention pour traiter cette situation imprévue ? » (expert-comptable à son client). « Voulez-vous qu’on rajoute ce thème dans les objectifs de notre travail » (coach au client accompagné). « Je serai dans votre village demain, voulez-vous que je passe vous voir examiner cela ? » (médecin à un client en plainte mal formulée)
- formuler le repérage d’un besoin identifié assorti d’un refus d’aider dans les cas où l’on n’est pas compétent, pas disponible, pas mandaté ou pas motivé. Vous semblez avoir besoin d’une aide plus psychologique que ce que je peux faire pour vous. Il serait nécessaire de passer plus de temps sur cette question, mais je ne peux malheureusement pas m’y engager, car j’ai d’autres obligations à honorer ( d’autres clients, d’autres rendez-vous). Mon rôle s’arrête ici, et pour la suite, je vous encourage à faire confiance à vos propres capacités (à aller voir tel type de professionnel, telle instance, etc…)
Notions connexes : on lira utilement les notes sur le contrat, sur les rôles professionnels, sur le triangle dramatique, et sur les signes de reconnaissance.
[1] A contrario, les sauveteurs en mer n’interviennent qu'en situation d’urgence réelle, en particulier pour le sauvetage des vies humaines et n’interviennent que sur demande explicite pour le sauvetage du navire.




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